Harry Potter et l’enfant maudit ~ Jack Thorne

Les reliques du passé

Des années après le dernier tome de ses aventures, voici que le sorcier le plus illustre du monde revient sur le devant de la scène. Sortie tout juste un mois avant Les Animaux fantastiques – sorte de remise au goût du jour plutôt réjouissante et prequel truffé de clins d’œil à la célèbre saga -, la pièce de théâtre Harry Potter et l’enfant maudit s’attaque frontalement à l’univers qui a bercé notre enfance. Accompagné et soutenu par J.K. Rowling elle-même, Jack Thorne, scénariste de nombreuses séries télévisées britanniques telles que Skins et This is England, s’est imposé un défi risqué en décidant de mettre en scène la vie adulte de Harry Potter et de ses amis de toujours. Si la pièce rencontre un franc succès outre-Manche, on ne peut pas en dire autant du script lui-même, qui offre une lecture remplie d’amertume et de déceptions.

Il faut dire qu’après les romans aventureux de J.K. Rowling, où régnaient une maîtrise du suspense, un regard juste sur l’adolescence et un véritable discours sur la violence du monde, la « suite » de Jack Thorne paraît bien terne. En plus du format théâtral déjà rédhibitoire pour certains lecteurs, le style haché et les scènes très courtes de Harry Potter et l’enfant maudit n’aident pas mieux à se plonger dans l’univers qu’il entend nous dépeindre. Thorne passe d’un endroit à un autre, d’un temps à un autre, sans marquer de réelles transitions au sein des didascalies ou des actes en eux-mêmes, à tel point que le lecteur se perd dans les limbes d’une œuvre décousue. Au fil des pages, la lecture se fait de plus en plus pénible, tant les dialogues expriment une mièvrerie inattendue – d’autant plus dérangeante qu’elle était totalement absente de l’œuvre de Rowling -, et tant l’histoire peine cruellement à définir son fil dramatique.

Au sein d’intrigues dont on ne saisit jamais vraiment les enjeux, les personnages que nous connaissons si bien nous paraissent méconnaissables. Dix-neuf ans après la chute de Voldemort, les élèves de Poudlard aux côtés desquels nous avons ri, pleuré et frissonné, ont malheureusement perdu de leur saveur : Ron s’est transformé en clown de service, Hermione a perdu tout son sarcasme et son caractère bien trempé et Ginny est une maman et une épouse effacée, qui n’écope en plus que de répliques pour le moins inutiles. Quant à Harry, son rôle de père ne parvient pas à piquer notre intérêt, sa relation avec son dernier fils Albus n’est tissée que de clichés et, son âge ne correspondant plus à celui des lecteurs ayant grandi avec lui, ses aventures, qui ne se résument ici qu’à de banales histoires de famille, perdent considérablement de leur universalité. Seuls Drago Malefoy et son fils Scorpius parviennent à donner du relief à la pièce, tant par l’histoire tragique qu’ils ont dû traverser, nimbée de malédictions et de rumeurs douloureuses, que par l’évolution du père qui profite au caractère doux et bienveillant du fils.

Tels des marionnettes, les personnages semblent mis au service d’un scénario où les incohérences et les mauvaises surprises abondent. En plus des retours dans le temps plutôt hasardeux qui entachent La Coupe de feu, le quatrième tome de la saga et sûrement le plus réussi, et de l’enfant maudit du titre qu’on ne parvient pas à identifier (est-ce Albus, Scorpius ou Harry lui-même ?), le mystère qui se cache derrière le personnage de Delphi apparait comme une aberration totale. Dans le dessin de cette jeune femme aux intentions secrètes, Jack Thorne fait preuve d’une immense maladresse et ne rend en rien hommage à l’œuvre et à l’univers longuement imaginés par J.K. Rowling. En réalité, un véritable affront est fait à la figure de Voldemort, autrefois grande figure maléfique et idole terrifiante, ici réduit à un statut digne du commun des mortels. La direction prise par Harry Potter et l’enfant maudit aurait pourtant pu être intéressante pour montrer que le Mal ne meurt jamais, même après la disparition de son grand instigateur, et que les soupçons règnent toujours au sein d’un monde pourtant pacifique, mais les évènements inventés par l’auteur tombent trop rapidement dans la caricature, le manichéisme, puis le ridicule.

La volonté de Jack Thorne de redonner vie à Harry Potter et à son univers magique se solde donc bel et bien par un échec. Auréolé de ses nombreux défauts, Harry Potter et l’enfant maudit ne satisfera ni les fans les plus férus, ni les adultes ayant grandi aux côtés du jeune sorcier, ni même les enfants d’aujourd’hui, pour qui le format pourrait créer un obstacle à la compréhension de l’œuvre. Bénéficiant pourtant de l’aura engendrée par le phénomène Harry Potter, Jack Thorne ne parvient jamais à égaler son modèle, à retrouver l’humanité et le réalisme qui faisaient le charme de l’odyssée potterienne ni même à renouveler l’ambiance enchanteresse qui avait conquis tant d’apprentis lecteurs. Jack Thorne nous prouve alors, tant par l’histoire qu’il nous conte que par son script maladroit et largement dispensable – qui ne semble en plus avoir vu le jour que pour des raisons commerciales -, que jouer avec le passé n’est jamais bénéfique pour le temps présent.

7 réflexions sur « Harry Potter et l’enfant maudit ~ Jack Thorne »

  1. Coucou Emilie ! je viens juste d’achever le septième et dernier tome de la saga. J’ai adoré. par contre tu n’es pas la seule à me dire que ce nouveau « tome pièce de théâtre » est très moyen voir pire. j’ai une ami(e) qui l’a je lui emprunterais l’ouvrage cela m’évitera de l’acheter car tes arguments me semblent très justes. J’ai adoré la saga originelle je voudrais rester sur une bonne impression. Bonne soirée et bon weekend Emilie ! toujours un plaisir de te lire 🙂 🙂

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