Les Animaux fantastiques ~ David Yates

Prolonger l’émerveillement

Après l’immense événement créé par la saga Harry Potter, Hollywood a eu bien du mal à offrir aux publics du monde entier une série de films si générationnelle et universelle. Le Monde de Narnia a perdu la moitié de son audience en cours de route, Hunger Games n’a pas su convaincre les cinéphiles aguerris tandis que Divergente ne connaîtra pas de quatrième volet, tant son score au box-office s’est avéré peu satisfaisant. Pour faire renaître l’émerveillement dans les yeux des spectateurs, il fallait donc effectuer un retour aux sources et solliciter celle qui a su enchanter toute une génération – et bien au-delà – de magiciens dans l’âme : J.K. Rowling. Ici aux commandes du scénario des Animaux fantastiques, inspiré d’un court ouvrage qu’elle a elle-même écrit, l’auteure à succès renoue avec l’univers d’Harry Potter, pour nous faire voyager au pays de l’imagination et nous rappeler que la magie a encore droit de cité sur grand écran.

Il faut pourtant avouer que Les Animaux fantastiques n’a plus grand chose à voir avec les aventures du sorcier le plus célèbre au monde. Ici, plus de Poudlard, d’Angleterre ou d’Hermione Granger ; en revanche, un certain Norbert Dragonneau, fin connaisseur de créatures fabuleuses, vient poser ses valises dans un New York troublé, au début des années 1920. Dans un décor urbain assez asphyxiant, les enjeux du film paraissent d’emblée bien ténébreux : de crainte d’être dénoncés par la secte fanatique des Fidèles de Salem et de créer ainsi un conflit entre le monde de la magie et celui des Non-Maj’ (terme américain pour Moldus), les sorciers se voient dans l’obligation de cacher leur existence pour que la paix entre les « peuples » continue de régner. Moins merveilleux que les films Harry Potter, Les Animaux fantastiques revendique son aspect prosaïque pour mieux créer le contraste avec ses prédécesseurs et s’adresser plus particulièrement aux spectateurs, désormais adultes, qui ont grandi aux côtés du jeune magicien.

Explorant les complexités de ce monde proche du nôtre, J.K. Rowling en profite pour tenir un discours sur notre société contemporaine, déjà présent dans les livres Harry Potter. Là où elle portait un regard à la fois grave et évocateur sur l’oppression exercée par Voldemort dans ses précédents ouvrages, l’auteure prône ici diverses valeurs : le respect des animaux et l’importance de les préserver dans leur habitat naturel grâce à la bienveillance de Dragonneau pour ses petits compagnons ; l’urgence de sortir d’une industrie qui vient juste de naître dans l’univers diégétique mais qui a largement pris le pas sur nos existences actuelles, à travers le destin de Jacob Kowalski, un Non-Maj’ aliéné par son travail à l’usine et qui ne rêve que d’ouvrir sa propre boulangerie ; et surtout la tolérance et l’acceptation des différences d’autrui, des messages intelligemment dissimulés derrière ces sombres histoires de chasse aux sorciers et de la persécution de jeunes enfants forcés d’occulter leurs pouvoirs magiques.

En plus d’un scénario qui regorge d’idées noires et de bonnes intentions, le film fait également preuve d’une maestria sans pareille dans sa mise en scène. Si quelques acteurs ne se montrent pas à la hauteur (Katherine Waterston en tête, trop lisse pour être réellement passionnante), que l’utilité des fameux animaux reste encore à définir et que le film n’évite pas l’écueil de certains ressorts hollywoodiens éculés (toutes les scènes romantiques notamment), Les Animaux fantastiques parvient tout de même à créer l’émerveillement grâce à des effets visuels sans faille. De l’espiègle Niffleur, petit animal chapardeur cousin de la taupe, à l’effrayant Obscurus, force spirituelle mystérieuse et dévastatrice, en passant par le dénouement du film où l’éblouissement et l’émotion sont à leur comble, tout est mis en œuvre pour que le public se dérobe à sa propre réalité et pénètre pleinement dans l’univers qui se dessine devant lui. Force est alors de constater que nous retrouvons dans ce film une puissance d’envoûtement incomparable, propre à l’inventivité unique de J.K. Rowling.

Grâce à son récit empreint de réalisme et ses images splendides, Les Animaux fantastiques parvient à mêler évasion divertissante et réflexion sociale dans une production qui a clairement le potentiel de toucher un large public. En intégrant des personnages dénués de pouvoirs magiques bien plus attachants que les horribles Dursley, J.K. Rowling implique pleinement le spectateur dans son histoire et le conforte dans l’idée qu’il a tout à fait sa place dans cet univers extraordinaire et mirifique. Ce dernier peut ainsi s’identifier aisément à Kowalski : Non-Maj’ entraîné de force dans cette rocambolesque histoire de sorcellerie, ce personnage à la fois burlesque et profondément humain découvre la magie avec des yeux d’enfant. Tels que lui, après avoir été ébahis par ce spectacle inaccessible au commun des mortels, nous éprouvons notre retour à la réalité comme une douche froide, portés cependant par cette douce impression d’avoir vécu un rêve éveillé.

4 réflexions sur « Les Animaux fantastiques ~ David Yates »

  1. Plutôt d’accord avec ce que tu dis, mais c’est quand même fou, j’ai l’impression d’être le seul à être choqué par ce double scénario tout le long du film..
    Article fort sympathique à lire en tout cas, je m’en vais lire quelques autres de ce pas !

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    1. C’est vrai qu’on n’arrive pas trop à savoir ce que Dragonneau vient faire là avec sa valise remplie d’animaux… Ce sera sûrement mieux exploité dans les prochains films (espérons !). En revanche, je trouve l’histoire des Fidèles de Salem assez passionnante, et notamment le personnage interprété par Ezra Miller, sur lequel le film aurait peut-être dû se concentrer davantage. Ce n’est pas un film parfait, mais c’est quand même de très bonne facture !
      Merci pour ta visite en tout cas ! 🙂

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  2. un bien joli texte auquel je souscris totalement. Je me suis laissé porter par l’histoire et des effets spéciaux qui sont au service de cette dernière et non l’inverse comme trop souvent aujourd’hui. Je te souhaite une bonne soirée Emilie ! 🙂 😉

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