One Day at a Time ~ Gloria Calderon Kellett & Mike Royce

Beaucoup de sitcoms classiques voient leur qualité diminuer au fil des saisons, à tel point que le genre lui-même manque aujourd’hui de tomber en désuétude. Les dernières encore en cours de diffusion – The Big Bang TheoryMom et Baby Daddy – montrent une incapacité certaine à renouveler leurs intrigues, à développer leurs personnages et à ne pas faire tomber leurs spectateurs dans une certaine lassitude face au comique de répétition, devenu la véritable marque de fabrique de la sitcom. Comment, actuellement, renouveler ce genre dont les beaux jours semblent bel et bien appartenir au passé ? La nouvelle production Netflix Au fil des jours semble avoir trouvé la recette : garder une enveloppe classique en mêlant le rire à l’émotion tout en abordant de front des sujets brûlants d’actualité, pour mieux s’inscrire dans l’air du temps et dans une ère américaine problématique.

À l’heure où la série comique a pris de nouvelles formes, en évacuant notamment les rires enregistrés, les lieux récurrents et les personnages stéréotypés – voir Modern FamilyParks and Recreation ou encore The Mindy Project -, Au fil des jours assume pleinement son côté classique. Des dialogues bien sentis aux situations familières, en passant par un décor coloré et de nombreux gags pour faire naître le rire, le programme s’affirme comme une sitcom sans complexe, qui expose volontiers tous les mécanismes et les petites coquetteries liés au genre. Surtout, comme toute sitcom qui se respecte, la série réussit à nous plonger instantanément dans son univers chaleureux : il suffit de voir Penelope, une femme d’origine cubaine et vétéran de la guerre d’Afghanistan, accompagnée de ses deux adolescents au caractère bien trempé, de sa mère excentrique et de son ami Schneider, au sein de leur cocon bien douillet, pour fondre littéralement sous le charme de cette série aux accents latino. Au fil des jours fait preuve d’une telle sincérité dans le tableau de cette famille déjantée mais attachante, que dès le premier épisode, le spectateur se sent comme à la maison.

En plus d’avancer à contre-courant d’une mode télévisuelle qui menace la sitcom classique de disparaître, la série parvient à insuffler une bonne dose d’émotion au coeur de chacun de ses épisodes. Là où certaines comédies osent peu s’aventurer sur le chemin des sentiments, Au fil des jours laisse le drame s’installer à son rythme, pour mieux révéler son intensité et ses secrets au fil de la saison. Chaque fin d’épisode est ainsi marquée par des instants de tendresse, de discussion familiale ou de confession dramatique, qui rendent les personnages plus humains et par conséquent, plus proches de nous. D’une façon extrêmement fine et intelligente, la série nous montre surtout une famille qui apprend à cohabiter avec les modes de vie et les croyances personnelles de chacun de ses membres – qu’elles soient religieuses, vestimentaires ou sentimentales – et qui nous renvoie ainsi à nos propres préjugés et convictions.

À travers ces débats entre générations, Au fil des jours devient, de façon pleine et entière, un discours politique sur l’Amérique d’aujourd’hui. Écologie, féminisme, guerre, homosexualité et immigration sont autant de sujets que la série n’a pas peur d’affronter. Ces questions sont traitées par le biais des personnages eux-mêmes, pour lesquels il s’agit surtout d’accepter l’autre, quel qu’il soit : la grand-mère Lydia, une femme toujours pimpante et aux idées conservatrices et catholiques, devra apprendre à vivre avec les principes d’Elena, sa petite-fille, qui n’hésite pas à se soulever contre les systèmes patriarcaux et la destruction de la planète et qui devra, quant à elle, partir à la rencontre de ses origines pour enfin en être fière. De son côté, Penelope devra gérer son stress post-traumatique, son quotidien de mère célibataire, l’absence de son ex-mari et son travail d’infirmière où son implication peine à être reconnue à sa juste valeur. Sous ses airs de série communautariste, Au fil des jours, avec beaucoup d’audace et un cœur immense, est en réalité un plaidoyer pour la tolérance, dans une Amérique qui est en passe de remettre en cause ses progrès sociétaux d’une manière catastrophique.

Au sein d’un paysage télévisuel comique qui peine cruellement à se renouveler et d’un pays qui entend majoritairement fermer son esprit aux différences, Au fil des jours apparaît comme une oasis au milieu du désert. En seulement une saison, la série a réussi un exploit primordial pour tout programme qui se revendique comme politique : devenir l’empreinte de son époque pour non seulement faire réfléchir ses contemporains sur des problématiques actuelles, mais également pour montrer aux spectateurs que le respect de l’autre, dans sa marginalité comme dans ses similarités, commence par un cercle aussi restreint que la famille et même par l’acceptation de soi. Apparemment moins ambitieuse que des programmes plus sérieux et encore peu (re)connue, Au fil des jours fait pourtant montre d’une originalité bienvenue et s’imposera certainement, d’ici quelques années, comme un modèle du genre pour les sitcoms à venir.

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