Cry Macho ~ Clint Eastwood

Unforgiven

Comme chaque année, le grand Clint Eatswood, toujours fidèle au poste et incroyablement prolifique, nous donne rendez-vous pour une de ses nouvelles réalisations. Après La Mule en 2019 et Le Cas Richard Jewell en 2020, c’est au tour de Cry Macho de faire son apparition sur nos écrans. Pour la deuxième fois en dix ans, Eastwood se met lui-même en scène dans la peau de Mike Milo, un ancien champion de rodéo déchu et solitaire. Si le film aurait dû voir le jour dans les années 1980, alors qu’Eastwood portait fièrement ses cinquante printemps, Cry Macho resurgit du passé tel un objet saugrenu, à la fois en total décalage avec son temps et complètement en phase avec les démons du cinéaste. Un projet recyclé qui s’intègre parfaitement à sa filmographie incomparable et immuable, mais dont Eastwood peine pourtant à s’emparer pleinement.

Dès les premières minutes de Cry Macho, la qualité artistique à laquelle Eastwood nous avait habitués manque à l’appel. Ici, pas d’éclairage feutré, pas d’ambiance fascinante ni de personnages saisissants. Les exigences formelles du cinéaste semblent avoir été revues à la baisse, tant le montage chaotique, le scénario inexistant et la mise en scène simpliste font de Cry Macho une petite œuvre inconsistante, parasitée par de nombreuses maladresses. Investi de symboles et de motifs venus d’un autre temps, son immense carrière en bandoulière, Eastwood se repose beaucoup trop sur ses acquis et semble croire qu’il lui suffit de filmer un petit saloon isolé, d’arpenter une portion de terre poussiéreuse et de revêtir un vieux chapeau de cow-boy pour créer la nostalgie et resusciter la légende de ses anciens films.

Au cœur de ce décor désertique qui aurait pu faire revivre les westerns spaghetti où l’acteur-réalisateur a longtemps traîné ses bottes, les personnages eux-mêmes ne sont que des figures fantomatiques, dénuées d’intériorité et de passé. Au détour de quelques photos accrochées au mur ou d’une confession dans une petite église mexicaine, nous apprenons simplement que Mike a abandonné son métier après une chute dramatique et qu’il a perdu sa femme et son fils il y a longtemps, dans un accident de nature inconnue. Rien de plus ne sera dévoilé sur l’histoire intime du personnage, et aucune nouvelle relation ne peut alors prendre sens dans son parcours de vie. Ni la dette de reconnaissance qui le lie à son ancien employeur Howard, ni l’amitié filiale qui se tisse entre lui et Rafa, un adolescent qu’il prend sous aile, ni ses sentiments naissants pour la jeune veuve Marta ne sont assez approfondis et crédibles pour nimber d’émotions ce film décidément bien désincarné.

Pourtant, le temps de quelques plans sublimes, Eastwood ne manque pas de nous rappeler quel grand cinéaste il peut être. Poursuivant la déconstruction de son corps de cinéma, processus qui l’a hanté tout au long de sa carrière, Eastwood prouve qu’il n’est jamais aussi touchant que lorsqu’il filme inlassablement sa propre vieillesse. Les plus beaux moments du film, aussi fugitifs qu’éphémères, résident donc ici, dans ce regard inquiet et mélancolique qu’Eastwood porte sur sa disparition progressive, de plus en plus imminente, de la planète cinéma : un gros plan d’une larme qui coule sur son visage cadavérique, sa carcasse fatiguée qui peine à se mouvoir, et sa silhouette spectrale qui se couche dans le désert et se fond littéralement dans le crépuscule sont les images rares et précieuses d’un cinéaste confronté au temps qui passe et à la vie qui finit immanquablement par lui échapper.

Ces instants suspendus et merveilleux ne suffisent malheureusement pas à sauver le film de son manque d’ampleur et de sa paresse considérable. Enfermé dans un film qui n’a rien à raconter, partageant l’affiche avec un jeune acteur amateur dépourvu de talent, Eastwood se désintéresse également de l’Amérique et des laissés-pour-compte pourtant chers à son cœur. En traversant la frontière, en se construisant un petit jardin d’Eden en plein cœur du Mexique, le cinéaste nous livre un film désuet et inabouti, un pas de travers bien difficile à pardonner. Sans compter que sa vision de ses voisins hispaniques, forcément tous criminels ou séducteurs, finit de faire sombrer le film dans des stéréotypes totalement déconnectés de nos sociétés actuelles. Espérons qu’Eastwood, du haut de ses 91 ans, aura assez de temps devant lui pour remonter en selle et nous offrir, peut-être pour la dernière fois, un nouveau grand film flamboyant, avant de disparaître pour toujours dans les limbes de la postérité.

4 réflexions sur « Cry Macho ~ Clint Eastwood »

  1. Coucou Émilie, je sais l’admiration que tu voues à Eastwood. Ce film est sûrement un de ces plus faibles mais j’ai trouvé les critiques presse très dures avec l’immense réalisateur et acteur qu’il fût. Au soir de sa vie ce cher Eastwood continue de faire des films parce que c’est sa vie, ce qui le tient encore debout. J’aime beaucoup la façon dont tu abordes ce film. Je te souhaite une excellente soirée Émilie, @très vite pour nos échanges culturels 😊

    Aimé par 2 personnes

    1. Coucou Frédéric ! Ça me coûte beaucoup d’écrire du mal sur Eastwood. J’aurais voulu aimer ce film de tout mon coeur, mais il a beaucoup trop de défauts. Cependant, comme tu le dis si bien, le cinéma, c’est toute sa vie, et on sent qu’il aime ce qu’il fait, qu’il croit en ce projet raté. Il y a vraiment des plans sublimes dans ce film, il y a de la tendresse aussi. Eastwood a encore des choses à dire sur son grand âge, sur la vie, sur la mort. Il faut quand même voir ce film si on aime Eastwood car il fait partie de lui. Et c’est toujours important de se faire son propre avis, et ne pas rester bloqué sur l’opinion parfois assassine de la presse. Merci pour ton commentaire et ta fidélité Frédéric ! Passe une très bonne soirée 😊

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  2. « Cry Macho » de Clint Eastwood…
    Alors, voilà, voilà, le vieux Clint Eastwood a 91 ans, il n’a plus rien à prouver, plus rien à cirer des critiques ou des avis des uns ou des autres. Alors il se fait plaisir… Il n’a rien à secouer des incohérences d’un scénario, pourtant fort nombreuses dans ce film, il se fait plaisir tout simplement. Il prend un malin plaisir à se caricaturer, à faire du Clint Eastwood…
    Alors, évidemment, « Cry Macho » n’est pas le meilleur film du cinéaste. Avec de telles contingences on s’en doutait un peu…
    Cette fois il s’agit d’un road-movie à la va comme je te pousse. Le vieux Clint a accepté une mission: ramener, pour des raisons un peu louches, un gamin mexicain à son père qui vit aux U.S.A.. Bon, le brave Clint est le héros d’aventures picaresques, il soigne les animaux, il trouve le moyen de tomber amoureux, il trouve le moyen de se débarrasser de truands qui lui veulent beaucoup de mal, bref, il se sert la soupe, il est le héros, sans se préoccuper ni du scénario ni de la psychologie des personnages, ni de la vraisemblance.
    Je comprends bien que, dans ces conditions, vous n’avez guère envie d’aller voir « Cry Macho ». Et pourtant -et ce n’est pas le moindre des paradoxes!-, le film se laisse regarder et un Clint Eastwood qui se parodie lui-même, ça reste du Clint Eastwood, qui sait filmer les paysages, qui sait filmer les chevaux, les grands espaces et les êtres humains. Il a beau être en roue libre, on ne se lasse pas du personnage.
    Bon, peut-être peut-on trouver un certain message dans le film, la transmission aux jeunes générations et, peut-être aussi, une métaphore de sa carrière de héros. Son regard vers le passé et son expérience de vieillard lui font relativiser les choses et considérer que, si la vie vaut la peine d’être vécue, tout cela, au seuil de la mort, n’a plus grand sens finalement. Même la nostalgie n’est plus ce qu’elle était…

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  3. Une critique à la dent dure mais qui sauve le pauvre bougre in extremis sur quelques points d’ancrage. Je suis bien sûr d’accord dans l’ensemble et « Cry Macho » n’est intéressant que dans la mesure où Eastwood pointe son regard rétrospectif sur l’image qu’il véhicule toujours tout en la confrontant à la réalité de l’âge et du temps qui a passé. Mais évidemment cela ne colle pas avec le scénario, ce qui crée de véritables absurdités. Il aurait peut être dû opter pour un autre acteur afin d’incarner le personnage de Mike, et à travers lequel on aurait également pu le reconnaître.

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