The Handmaid’s Tale (saison 3) ~ Bruce Miller

Depuis ses débuts, la série The Handmaid’s Tale a connu un parcours plutôt houleux. Après une première saison qui avait suscité l’enthousiasme du plus grand nombre grâce à une ambiance terrifiante, un propos actuel et une protagoniste combative, le deuxième volet avait divisé, oscillant constamment entre complaisance émotionnelle et questions passionnantes sur la maternité. En revenant pour une troisième saison, la série prenait le pari risqué de perdre totalement ses adeptes comme ses détracteurs. C’est ce qui a fini par arriver, tant The Handmaid’s Tale, en restant dans les mêmes schémas outranciers, ne réussit qu’à se pavaner, avec paresse et insolence, sur les chemins dangereux de la provocation et du vide scénaristique.

Là où la deuxième saison ne cessait de donner de l’épaisseur à tous ses personnages tout en continuant à les illustrer dans leurs souffrances personnelles, ce troisième volet ne s’intéresse plus qu’à l’intériorité de June, en exacerbant toujours plus sa douleur physique comme mentale. Chaque épisode, chaque plan, chaque événement semble dédié exclusivement à notre protagoniste, devenue martyre devant l’éternel. Dans cette saison totalement en roue libre, où les invraisemblances se multiplient, June se transforme qui plus est en super-héroïne intouchable, prête à tout pour arriver à ses fins (à savoir libérer les enfants de Gilead, et notamment sa fille Hannah). Il faut la voir braver les interdits, sortir avec sa maîtresse de maison en pleine rue, écouter en douce les conversations sans se faire prendre ou attaquer une autre servante à la vue de tous ! Des actes qui se révèlent sans conséquence, dans une société dystopique pourtant connue pour son intransigeance et sa cruauté…

Effacés par une June qui s’illustre dans un one-woman-show de plus en plus étouffant, les autres personnages se retrouvent vidés de toute leur essence. Les Waterford sont enfin confrontés à leurs actes condamnables, mais leur culpabilité intime et leurs regrets ne sont aucunement mis en scène, au profit de vulgaires querelles de couple, où ne percent que leurs ego respectifs et leur soif de domination. Serena Joy, qui était le cœur de la saison dernière, perd clairement en densité, les servantes écarlates et les Marthas ne sont plus que des figurantes et Tante Lydia semble avoir revu à la baisse ses lubies de torture. Seuls Francis Lawrence et Rita réussissent tant bien que mal à sortir du lot : l’un, emprisonné par sa propre création, révèle ses failles, son passé tortueux et son amour indéfectible pour son épouse, tandis que l’autre, pleine de douceur et d’altruisme, s’avère un élément indispensable dans l’accès au monde libre. Malheureusement, ces figures passionnantes, trop peu mises en valeur, n’ont que trop peu d’espace pour exprimer pleinement leur complexité.

À trop se préoccuper de la souffrance de son personnage principal, The Handmaid’s Tale en oublie également de soigner le contexte politique de son histoire. Tous les êtres enfermés dans la société de Gilead ne rêvent que d’une chose : rejoindre le Canada, nouvelle Terre promise, où chacun peut encore jouir de ses libertés individuelles. Mais cette promesse d’exil est-elle si idéale qu’on le pense ? Quelle vie mènent donc Moira, Luke, Emily et les autres ? Quelles sont les réalités politiques, écologiques, économiques du monde libre ? Comment les hommes et les femmes vivent-ils leur incapacité à procréer ? Les combats menés par Gilead (assurer la reproduction des êtres humains, nettoyer la Terre de ses déchets toxiques) n’ont-ils aucune résonance au Canada ? Que deviendra la politique canadienne, pour l’instant uniquement régie par l’attaque de « l’ennemi », une fois que Gilead aura implosé ? En passant totalement sous silence ces questions essentielles, la série perd malheureusement sa capacité à percuter les esprits et à créer un reflet cauchemardesque, mais étrangement familier, de notre monde actuel.

Malgré une réalisation toujours élégante et la participation d’une cinéaste de talent telle que Deniz Gamze Ergüven (que l’on sait en plus très engagée dans les questions d’émancipation féminine), l’ensemble de cette troisième saison reste incroyablement frustrant. En dehors de la scène déchirante de l’avion, les moments marquants se font rares, l’omniprésence du désespoir étouffe l’émotion et les personnages ne sont plus mus que par des sentiments bestiaux et destructeurs. Devant tant de défauts de plus en plus envahissants, l’on se prend à espérer que la quatrième saison sera bel et bien la dernière. Et pourquoi pas, tant que nous y sommes, rêver d’une saison parfaite, dans laquelle le retour à la « vraie vie » serait le centre principal de l’intrigue, où June et les autres rescapés seraient pris dans un tourbillon de séquelles psychologiques, de réadaptation familiale et de désillusions sociétales ? Car si The Handmaid’s Tale veut parachever son miroir contemporain et devenir une oeuvre qui aura profondément marqué son époque, il lui faudra se recentrer sur son pouvoir fédérateur, tout en nous invitant à réécrire ensemble notre définition de la liberté.

3 réflexions sur « The Handmaid’s Tale (saison 3) ~ Bruce Miller »

  1. J’ai adoré cette série mais je n’ai pas encore eu l’occasion de voir la dernière saison…J’ai envie de m’y remettre maintenant. 🤤🤗

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