Ted Lasso ~ Bill Lawrence & Jason Sudeikis

We are the champions

En ces temps incertains, nous avons plus que jamais besoin de nous projeter dans des programmes légers et chaleureux, capables de nous rappeler que le monde n’est pas un endroit totalement désespéré et désespérant. En plein milieu de l’été, alors que la rentrée sérielle s’annonçait déjà particulièrement sombre et sérieuse – avec les sorties notamment de Ratched, Raised by Wolves ou encore Lovecraft Country, des séries aux ambiances post-apocalyptique ou horrifique -, la plateforme Apple TV+ a préféré miser sur la joie de vivre et l’optimisme à toute épreuve. Avec Ted Lasso, une comédie de dix épisodes créée par Jason Sudeikis et Bill Lawrence (déjà à l’origine de la loufoque et attachante Scrubs), c’est un véritable petit rayon de soleil réconfortant et bienveillant qui est venu briller sur nos cœurs meurtris.

Il faut dire que Ted Lasso, protagoniste de cette jolie surprise estivale, est peut-être le personnage le plus positif vu ces dernières années à la télévision. Entraîneur de football américain dans son Kansas natal, Ted se voit recruté en Angleterre pour coacher une équipe de soccer, sport auquel il ne connaît absolument rien. Devenu bouc-émissaire des médias locaux, vilipendé par les supporters très attachés à leur équipe de l’AFC Richmond, instrumentalisé par la directrice du club, moqué par la nation entière, Ted Lasso ne se laisse pour autant pas démoraliser et ne s’éloigne jamais de sa ligne de conduite initiale : répandre autour de lui enthousiasme et gentillesse, une philosophie de vie résolument radicale dans notre monde sinistre et désenchanté d’aujourd’hui. Déjà remarquable dans 30 Rock et le Saturday Night Live, Jason Sudeikis incarne à merveille ce personnage candide, presque enfantin, toujours le sourire en bandoulière et la moustache frétillante de bonté.

Dans une ambiance décalée où l’humour opère toujours comme un remède, la série s’éloigne très rapidement des poncifs liés au genre sportif (les scènes de match, d’entraînement et d’élaboration des tactiques sont finalement très peu nombreuses) pour mieux s’intéresser à ce qui constitue son essence même : la bienveillance. Tous contaminés par l’allégresse sans faille de Ted Lasso, les personnages vont chacun leur tour abandonner leur carapace et ouvrir leur cœur. En les poussant à croire en eux et à donner le meilleur d’eux-mêmes sur le terrain comme dans la vie, Ted va créer une véritable dynamique de groupe, où chacun peut réellement trouver sa place : Nathan, « responsable de l’équipement » craintif et habitué à l’indifférence, va petit à petit s’affirmer et devenir un élément indispensable à la cohésion de l’équipe ; Roy Kent, footballeur aigri et vieillissant, sera parmi les premiers à succomber à « the Lasso Way » et à l’enseigner à ses coéquipiers ; quant à Keeley, par son franc-parler et son énergie, elle se hissera à un poste important au sein de ce milieu exclusivement masculin.

Même les plus antipathiques d’entre eux – Rebecca, la directrice du club avide de vengeance envers son ex-mari, Jamie Tartt, superstar naissante à l’ego surdimensionné, et Trent Crimm, journaliste impitoyable prêt à tout pour décrédibiliser Ted -, finissent par s’adoucir au contact de ce coach que rien ne semble arrêter sur le chemin de la bienfaisance. Là réside toute la force de la série, dans ce protagoniste à la bonne humeur communicative, mais aussi dans cette naïveté sans complexe, dans cet altruisme profondément humaniste dénué de second degré capable de faire fondre tous les cœurs de pierre. Au sein d’un univers footballistique plutôt prompt aux gags clownesques et aux blagues faciles, l’émotion et la douceur finissent pourtant par envahir le cadre, aussi bien dans les parcours individuels et sentimentaux des personnages que dans les liens indéfectibles qu’ils tissent entre eux, formant ainsi une nouvelle grande famille unie et solidaire.

Porté par un humour généreux, des personnages tous attendrissants et les douces mélodies de Mumford and Sons, Ted Lasso dépasse largement son statut de petite comédie sympathique de l’été pour devenir le miracle que nous attendions tous. Au-delà de son atmosphère joviale sur fond de choc des cultures, la série nous invite à l’émerveillement et parvient à nous convaincre que la véritable réussite sociale ne réside pas dans la performance constante, idée bien trop ancrée dans nos sociétés actuelles, mais dans le bonheur de vivre ensemble et de se soutenir les uns les autres. Véritable antidote à la morosité et au cynisme ambiants, Ted Lasso est une série indispensable qui redonne durablement le sourire, rend profondément heureux et prouve que la bienveillance et la générosité, quand elles viennent du cœur, sont les meilleures armes pour réenchanter le monde.

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