Into The Wild ~ Sean Penn

Happiness is only real when shared

Rares sont les films à nous accompagner tout au long de notre vie, à éclairer constamment notre quotidien et à nous guider aux différents carrefours de notre existence. Sorti sur nos écrans il y a treize ans déjà, Into the Wild n’a jamais cessé de grandir et de garder une place primordiale dans le cœur des spectateurs. Avec son sujet propice à l’évasion et à l’introspection, sa musique envoûtante signée Eddie Vedder et ses répliques philosophiques désormais cultes, Into the Wild est devenu le porte-étendard de toute une génération en mal d’aventure et de rébellion. Raconté en 1996 dans la biographie de Jon Krakauer, ici porté à l’écran par Sean Penn et incarné par un Emile Hirsch dans son plus beau rôle au cinéma, le destin à la fois merveilleux et tragique du vagabond Christopher McCandless a su inspirer plus d’une âme et résonne encore aujourd’hui comme un hymne absolu à la liberté.

En 1990, Christopher McCandless est un étudiant modèle fraîchement diplômé, issu d’une famille aisée a priori aimante. Rien ne le destinait à rejoindre les merveilles du monde sauvage, et pourtant : du jour au lendemain, Chris abandonne tous ses biens – carte d’identité, économies, voiture – pour devenir « Alexander Supertramp » et partir vivre en Alaska, isolé en pleine nature. Au fil d’un récit découpé en trois temporalités – le passé de Chris auprès de sa famille, fait de mensonges et d’illusions, son voyage sur les routes américaines et son étape finale dans le « Magic bus » en Alaska -, les raisons qui ont poussé le jeune homme à tout quitter se révèlent petit à petit. Inspiré par ses lectures de Jack London, Henry David Thoreau et Léon Tolstoï, prisonnier d’un père violent et d’une mère intransigeante, en décalage total avec la société moderne et ses exigences, Chris fuit la compagnie de ses semblables, qui n’ont pour maîtres-mots qu’argent, réussite sociale, possessions matérielles et attention accordée aux apparences.

C’est au contact de la nature que Chris entend atteindre une forme de vérité, en réduisant son quotidien au strict minimum : dormir, se nourrir, se protéger des intempéries, écrire dans son journal de bord et surtout se délecter, dans la solitude la plus totale, des beautés que lui offre la nature. Les êtres qu’il rencontre sur sa route, tous marginaux à leur façon – le couple de hippies Jan et Rainey, Wayne son employeur goguenard, la jeune Tracy, les deux touristes danois ou encore le vieux Ron -, contribuent à la seconde naissance de Chris, à la construction de sa nouvelle vie, mais aucun ne parvient à le détourner de son but ultime. Alors qu’ils voyaient en lui un ami, un amant, un fils, un homme auprès de qui faire un bout de chemin, Chris ne songe qu’à rompre le moindre lien social qu’il lui reste pour s’affranchir entièrement de son appartenance au monde des hommes.

En embrassant pleinement les idéaux de Chris et sa vision du monde radicale, Sean Penn pose un regard aiguisé sur les dérives de la société de consommation, des institutions et autres administrations, toutes pétries d’absurdité, profondément aliénantes et déshumanisées. Car malgré ses évidents défauts cinématographiques – un récit chaotique qui jongle difficilement entre plusieurs temporalités, une esthétique qui se laisse parfois dévorer par sa joliesse et de multiples voix-off qui s’entremêlent -, Into the Wild est une puissante œuvre poétique et politique, qui nous invite à décortiquer nos vies modernes, faites de sécurité financière illusoire, de relations humaines hypocrites et de bonheurs factices. Autant de maux que Chris, alors éternel incompris, indomptable par nature, définitivement hors des sentiers battus, tente de soigner par la solitude, le voyage, la poésie et la contemplation du monde.

Impossible alors de ne pas se reconnaître dans la fougue et les rêves d’autonomie de ce jeune homme, de ne pas s’identifier à ce garçon en quête de sens, dont l’échappée obsessionnelle, fascinante et morbide a radicalement changé la philosophie de vie de millions d’êtres humains. Car en dépit de son dénouement éminemment tragique, Into the Wild a surtout marqué les mémoires comme un modèle absolu d’insoumission. Aux yeux de toute une génération qui ne se reconnaît plus dans les valeurs héritées de ses ancêtres, Into the Wild est le film ultime qui a eu l’audace de lui faire miroiter qu’une autre vie était possible, qui l’a poussée à partir sac au dos explorer le vaste monde, l’a aidée à reconstruire sa définition du bonheur et l’a incitée, d’après Le Bonheur conjugal selon Tolstoï, à vivre une vie paisible et reculée à la campagne, animée uniquement par des choses simples : le repos, la nature, la musique et la littérature, et surtout, contrairement aux croyances de Chris, la famille et l’amour de son prochain.

8 réflexions sur « Into The Wild ~ Sean Penn »

  1. Un film merveilleux, inoubliable, le meilleur de Sean Penn ! Le genre de film qui marque durablement. Le destin de ce jeune homme idéaliste est magnifique et terrible à la fois. Il cristallise toutes les aspirations de la jeunesse, son envie d’absolu, de repousser les limites.. Bouleversant ! Merci Emilie pour ce très beau retour sur un film que j’aime par dessus tout. Belle après midi à toi, @très vite 😊🌞🌊

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    1. Heureuse de voir que l’on partage notre admiration pour ce film, Frédéric ! C’est un film qu’on n’oublie pas et qui bouleverse à chaque visionnage. LE film de mon adolescence à n’en pas douter, et le film de toute une vie.
      À très bientôt Frédéric, et merci pour ta fidélité ! Toujours un plaisir d’échanger avec toi ! 😊

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  2. Bonjour Émilie,
    Tu écris magnifiquement sur ce film que j’ai vu pour la dernière fois il y a quelques années. J’ai le souvenir de la formidable composition de Hal Holbrook qui joue le vieux Ron, merveilleux acteur qu’on avait pu voir dans « Fog », « Wall Street », « les hommes du président »,… Et qui nous a quittés récemment. C’est sans doute la partie du film qui m’a le plus touché.

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    1. Bonjour Princecranoir,
      Merci beaucoup ! C’est vrai que c’est un moment très émouvant, l’histoire personnelle de ce vieux Ron est assez bouleversante et Hal Holbrook parfait dans le rôle.
      Je ne savais pas qu’il était décédé, triste d’apprendre la nouvelle…

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