Dispatches from Elsewhere ~ Jason Segel

La vérité est ailleurs

Le rôle des films et des séries a toujours été de nous faire miroiter des réalités plus douces que la nôtre. Par l’euphorie des films musicaux, la rêverie des comédies romantiques ou l’attrait des mondes imaginaires et fantastiques, la fiction est devenue un refuge pour nombre d’âmes en quête d’évasion. Du côté télévisuel, toute une réflexion métaphysique s’est créée autour de cette question, notamment dans les récentes Devs et WandaVision, dans lesquelles les personnages se servent de l’intelligence artificielle ou de l’univers des sitcoms pour échapper à leur triste réalité. Plus terre à terre mais pas moins imaginatif, Jason Segel nous livre lui aussi sa conception d’un ailleurs plus séduisant : dans sa série Dispatches from Elsewhere, diffusée en 2020 sur Amazon Prime, l’acteur-créateur nous invite à réenchanter notre quotidien grâce aux choses simples qui se trouvent juste sous nos yeux.

Par un dispositif original qui lui permet d’impliquer le spectateur émotionnellement dès les premières secondes, Dispatches from Elsewhere impose d’emblée son univers unique. Dans une ambiance déconcertante et aérienne, Jason Segel nous plonge dans le quotidien ordinaire de Peter, Simone, Janice et Fredwynn, quatre personnages qui nous ressemblent bien plus qu’on ne le croit. Enfermés dans leur routine, vidés de toute émotion, rattrapés par leurs regrets et leurs rêves de jeunesse, obnubilés par la performance constante et la réussite sociale, les protagonistes n’ont de cesse de passer à côté de l’essentiel et ont tous besoin d’un petit quelque chose en plus pour sortir de leur torpeur. Impliqués ensemble dans un jeu de piste mystérieux organisé par une société secrète, ils devront s’unir pour retrouver Clara, grande prêtresse de la « Divine Nonchalance », cet art tout particulier de savourer la vie à chaque instant.

Au sein d’épisodes inégaux mais tous fascinants, les différentes croyances des personnages se confrontent : est-ce un simple jeu ou une immense farce ? Est-ce un complot gouvernemental, ou bien « l’Ailleurs » existe-t-il réellement ? Si la bizarrerie et la confusion s’installent rapidement dans cette quête de sens effrénée, la poésie finit pourtant par envahir le cadre, lorsque les personnages, d’une humanité confondante, se retrouvent confrontés à leurs démons intérieurs ou livrent leurs histoires personnelles à cœur ouvert. À ce titre, le cinquième épisode, centré sur Clara, est un petit chef-d’oeuvre d’optimisme : emprisonnée dans le quartier sans joie de son enfance, la jeune femme décide de remettre de la couleur et de la vie dans les rues atones de Fishtown. Alors qu’une multinationale cherche à vendre ses œuvres d’art comme autant de « petits bonheurs à emporter », Clara préfère se délecter du sourire, de l’émerveillement et des étoiles qu’elle a fait naître sur les lèvres et dans les yeux de ses compagnons d’infortune.

Par ses fulgurances, ses séquences animées et ses moments suspendus, entre la puissance émotionnelle de Sense8 et la douce folie de Michel Gondry, Dispatches from Elsewhere est une invitation à nous élever contre la société de consommation et nous apprend à regarder autrement ce qui se trouve autour de nous, en réintégrant la beauté et l’inattendu dans nos vies devenues ternes et répétitives. Avec beaucoup de sincérité et d’inventivité, Jason Segel nous dit surtout que le bonheur se cache dans le lien que l’on tisse avec les autres, dans la complicité, le partage et l’empathie que l’on peut construire avec ceux qui nous sont chers comme avec de parfaits inconnus. Si le dernier épisode laisse malheureusement un sentiment d’inachevé, sinon de déception, et semble déconstruire la relation qui nous liait si intimement aux personnages, la série entière n’en reste pas moins une aventure authentique, lumineuse et inspirante, qui ne manque pas de nous rappeler le pouvoir thérapeutique de la fiction et l’humanité bienfaisante et altruiste qui se cache en chacun de nous.

5 réflexions sur « Dispatches from Elsewhere ~ Jason Segel »

  1. Coucou Emilie, une série qui m’a l’air profondément originale. Tu fais référence à Gondry et Sense 8🤩 que j’apprécie beaucoup. Même si dans ta belle critique tu émets quelques réserves, on sent que tu as été cueillies par cette série Amazon Prime. Je te souhaite une excellente soirée Emilie, merci pour ce joli partage et @très vite pour nos échanges culturels 😊

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    1. Coucou Frédéric ! Oui, c’est vraiment une série qui sort de l’ordinaire ! Elle se laisse parfois un peu dévorer par son originalité justement, mais ça reste une belle proposition pleine de poésie et d’émotion.
      Passe une belle semaine Frédéric, et à très bientôt pour de nouveaux partages ! 😊

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  2. J’ai regardé le 1er épisode j’étais captivée, cependant je suis plus sensible sur la différence de cadrage, de lumière lorsqu’il y a changement d’ambiance à la Bruckeimer, effectivement série qui sort de l’ordinaire je ne garantis pas que je regarderais tous les épisodes mais c’est une belle découverte !

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