Soul ~ Pete Docter

Les choses de la vie

En l’espace de vingt ans, Pete Docter a su se faire une place de choix parmi les nombreux réalisateurs des studios Pixar. Avec Monstres et cie, Là-Haut et Vice-Versa, le cinéaste a exploré des thèmes particulièrement adultes et profonds comme le deuil, la peur de l’autre, la fin de l’enfance et l’importance des émotions, s’adressant directement à notre cœur. En l’espace de trois films, Pete Docter s’est surtout révélé un incroyable architecte, inventant des mondes imaginaires toujours parfaitement construits, que ce soit dans les rues animées de Monstropolis, dans les contrées lointaines des Chutes du Paradis, ou encore dans les recoins les plus insoupçonnés de notre cerveau. Avec Soul, son nouveau film particulièrement attendu qui a manqué de peu les honneurs du grand écran, Pete Docter continue d’allier inventivité visuelle et sensibilité émotionnelle, pour nous livrer une leçon essentielle et inoubliable sur le sens de la vie.

Dès les premières minutes de Soul, Pete Docter nous projette dans un lieu que nous redoutons tous : le couloir vers l’Au-delà. Joe Gardner, modeste professeur de musique à New York, vient de mourir de manière pour le moins inattendue. Sur un tapis roulant perché dans les étoiles, le voilà parti, accompagné de centaines d’autres âmes, vers sa résidence éternelle. Ne pouvant se résoudre à cet ultime voyage, Joe s’enfuit et se retrouve alors propulsé dans le « Grand Avant », un jardin d’enfants où les nouvelles âmes sont formées avant de rejoindre leur enveloppe terrestre. Par une succession de scènes vertigineuses, parfois un brin chaotiques, Soul nous dévoile tous les secrets de ce monde céleste inventé de toutes pièces par Pete Docter : la salle des mentors, chargés d’aider les jeunes âmes à trouver leur personnalité et leur passion ; le musée des expositions, dans lequel sont exhibés les grands événements de l’existence passée des défunts ; la contrée des âmes en perdition, où errent sans but ceux qui ont perdu leur essence vitale ; enfin, le couloir terrestre, grand abîme dans lequel se jettent les âmes pour se rendre sur Terre.

À partir de cet univers complet et jusqu’ici très peu exploité à l’écran, Pete Docter interroge ce que nous, êtres humains, considérons comme essentiel : notre passion totale et ultime, cette chose unique qui nous permet d’accéder à la transcendance, d’avoir des rêves à réaliser et des souvenirs à raconter. L’existence de Joe a été traversée de musique, une vocation héritée de son père qui a guidé ses pas et ses choix de vie jusqu’à son dernier souffle. Avec ses accords de musique entraînants et son amour du jazz, Soul est le premier Pixar à explorer la culture noire et à plonger dans le quotidien d’un protagoniste afro-américain pour nous poser des questions existentielles et universelles. Notre passion donne-t-elle réellement un sens à notre vie ? Sommes-nous définis uniquement par les idéaux qui nous animent ? Doit-on à tout prix donner vie à nos rêves les plus fous ? À force de poursuivre des chimères, ne passe-t-on pas à côté de l’essentiel ?

En enveloppant ces interrogations fondamentales d’une atmosphère tendre et chaleureuse, dans des péripéties bourrées d’humour et baignées d’émotion, Soul révèle petit à petit son doux message. Au sein d’un environnement urbain aseptisé, dans les couloirs du métro ou dans les rues bondées de New York, le film nous invite en réalité à apprécier toutes ces petites choses quotidiennes, habituelles, a priori insignifiantes qui rendent pourtant la vie si précieuse : déguster une pizza sur le bord d’un trottoir, écouter un air de guitare au détour d’un couloir, partager ses souvenirs ou son savoir avec les autres, regarder s’évanouir les feuilles rougies par l’automne… Autant de petits miracles ordinaires sublimés par le film, qui devient alors, dans son dernier tiers absolument parfait, un cocon indispensable pour se reconnecter à la beauté du monde, un hymne magnifique à la nature, à la musique, au partage et à la vie dans son plus simple appareil.

Après Les Indestructibles 2, Toy Story 4 et En avant, des productions qui sont loin d’avoir marqué les esprits, Soul s’affirme comme le meilleur film des studios Pixar depuis le céleste et coloré Coco, avec lequel il partage les thèmes de la mort, de la passion pour la musique et de la transmission entre générations. En-dehors d’une technique d’animation sans faille, d’une imagination débordante et d’une sensibilité à fleur de peau, la grande force du dernier-né de Pete Docter, c’est surtout de nous rappeler que la beauté de la vie ne se cache pas forcément dans les grands tournants que peut prendre notre existence, ni dans les projets que nous nous efforçons de bâtir de nos propres mains jusqu’à épuisement, mais dans ces petites étincelles, volatiles et éphémères, qu’il s’agit de saisir au vol, en prenant le temps de savourer chaque instant. Une pensée revigorante et pleine d’espoir, à laquelle s’accrocher de toute son âme en ces temps encore incertains.

7 réflexions sur « Soul ~ Pete Docter »

    1. Je trouve aussi que ce n’est pas le meilleur Pixar, mais c’est surtout un film qui fait beaucoup de bien à voir en ce moment. Ça fait longtemps qu’on n’avait pas vu un film d’animation si touchant et réussi.
      Vice-Versa restera mon Pixar préféré encore longtemps, bien plus abouti et complexe que Soul…

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  1. Coucou Emilie, tu signes un très beau retour sur « Soul » de Pete Docter chez Pixar. Un film d’animation qui m’a enthousiasmé de par son sujet, ces questionnements, sa BO.. que d’émotions ! Un des plus beaux Pixar vu jusque là à n’en pas douter. Dans la lignée de « Vice Versa » et je vais même t’avouer quelque chose, je l’ai encore préféré à ce dernier. Beau dimanche Emilie, toujours un plaisir de te lire, @très bientôt pour nos échanges culturels 😊

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    1. Merci Frédéric ! Vice-Versa reste encore et toujours mon Pixar favori, mais je comprends tout à fait que tu aies préféré Soul ! 😊 En tout cas, on est d’accord pour dire que Pete Docter est un cinéaste de génie !
      Passe un beau week-end Frédéric et à très bientôt ! ☀️

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