Right Now ~ Aziz Ansari

Maître de rien

Voici déjà deux ans qu’Aziz Ansari a déserté les écrans. Après ses succès retentissants dans Parks and Recreation et sa propre série Master of None, l’acteur-créateur a vu sa carrière sombrer lentement dans l’oubli. Son capital sympathie et sa bonne réputation se sont en effet évaporés sous les effluves du mouvement MeToo, après le témoignage d’une jeune femme à propos de sa soirée catastrophique et humiliante en compagnie de l’acteur. Pourtant, après une période de silence absolu, la plateforme Netflix a bien voulu lui donner la parole une nouvelle fois : dans Right Now, un one-man show filmé par le cinéaste Spike Jonze, Aziz Ansari évoque son histoire personnelle sans oublier de s’adresser à la génération qui est la sienne, à travers des anecdotes qui dessinent mieux que jamais les maux de notre époque.

Dès les premières secondes, l’Aziz Ansari insouciant et exubérant que l’on a connu semble avoir bien changé. Sur les notes de la chanson Pale Blue Eyes des Velvet Underground, revêtant une tenue décontractée aux couleurs de Metallica et s’infiltrant dans les coulisses comme s’il n’y était pas invité, Aziz Ansari fait son entrée en scène tout en pudeur et en humilité, alors que les applaudissements retentissent déjà dans l’auditoire. Très vite, une ambiance particulière s’installe : dans une obscurité intimiste et feutrée, la caméra de Spike Jonze se pose au plus près de l’acteur, pour mieux sonder son intériorité et laisser son humour et sa bienveillance envahir le cadre. Comme tout one-man show qui se respecte, Right Now s’autorise également quelques plans sur le public, pour capter les rires, les interactions multiples entre Ansari et ses fans ou encore les regards pensifs dans les moments d’émotion.

Dans cette atmosphère flottante, l’acteur en profite pour nous conter les choses de la vie, les questions existentielles dans lesquelles tout le monde peut se reconnaître. À 36 ans, Ansari dit être arrivé à un âge où les ravages du temps lui sont familiers, où les gens autour de lui se sont altérés, ou pire, ont disparu. Chuchotant dans son micro comme s’il nous susurrait ses secrets à l’oreille, Ansari se confie ainsi sur la maladie d’Alzheimer qui a touché sa grand-mère, ou évoque encore les repas de famille, de plus en plus rares, où l’invitée la plus prestigieuse se trouve être l’incapacité à communiquer avec ses propres parents. En brassant divers sujets tels que la différence entre les générations, l’absurdité de certaines de nos habitudes ou la fugacité de l’existence, Ansari dresse un portait réaliste des jeunes d’aujourd’hui, entre humour dévastateur et émotion pure, pour mieux toucher en plein cœur ceux à qui il s’adresse.

Oscillant constamment entre l’intime et l’universel, Aziz Ansari passe notre époque au peigne fin et ausculte tous nos travers contemporains. Dans un monde régi par le politiquement correct et un contexte culturel qui s’est complètement métamorphosé en moins de vingt ans, l’acteur revient sur la bonne conscience et la bienpensance généralisées, qui ne font que souligner l’hypocrisie grinçante de la société actuelle. En se moquant de l’appétit du peuple pour les histoires sordides de célébrités en déchéance, Ansari remet sur le tapis des questions brûlantes d’actualité : face aux actes répréhensibles des personnalités connues, faut-il séparer l’art de l’artiste ? Peut-on continuer à écouter les chansons de Michael Jackson ou R. Kelly ? Peut-on oublier si facilement l’impact positif de l’art sur nos vies personnelles ? Face aux tribunaux de fortune que sont devenus les réseaux sociaux, l’acteur met en garde contre la loi des « réactions programmées », au détriment de la réflexion, de la discussion et de l’analyse argumentée.

Si Aziz Ansari s’attarde si longuement sur le cas de ces artistes désavoués, c’est pour mieux revenir, avec une grande autodérision mais aussi beaucoup de mélancolie, sur le parcours qui a été le sien après son accusation de harcèlement sexuel, et ainsi questionner sa propre légitimité. Comme un appel à l’aide, Right Now résonne alors comme un plaidoyer profondément dépressif pour le pardon et nous incite à reconsidérer nos jugements hâtifs et parfois totalement arbitraires. Sur le ton de la confidence, Ansari exprime en fin de spectacle les peurs qui ont été les siennes pendant ces deux années de vide artistique : l’acteur réalise que tout ce qu’il a construit de ses mains aurait pu s’écrouler du jour au lendemain, mais remarque avec soulagement que certaines personnes sont encore présentes pour l’écouter et soutenir son œuvre. Dans ce joli one-man show teinté de morosité, Aziz Ansari nous invite en réalité à profiter du temps présent, de « l’ici et maintenant », du précieux « right now », car demain, tout pourrait bien partir en fumée.

2 réflexions sur « Right Now ~ Aziz Ansari »

  1. Bonsoir Émilie ! C’est un bel article sur Aziz Ansari. J’avoue que je l’avais perdu de vue. Je ne savais pas pour l’affaire MeToo , c’est dommage pour lui. Tout le monde fait des erreurs. Il est si difficile aujourd’hui de durer dans ce métier. Ils font trois, quatre ans au top et après l’oubli. On zappe beaucoup moi le premier. Passe une excellente soirée Émilie, @très vite 🙂

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  2. Difficile à l’heure actuelle, entre le MeToo et l’abus parfois du MeToo… On a vue beaucoup d’acteurs/producteurs essuyés des plaintes qui au final n’ont mené à rien. Dans le cas de Master Of None c’est bien dommage, la série était intéressante et le personnage attachant.

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