Mindhunter (saison 2) ~ Joe Penhall


/!\ Attention : cet article contient des spoilers /!\


Psycho Killer, qu’est-ce que c’est ?

Dans sa première saison, Mindhunter nous avait laissés cois : rarement une production audiovisuelle aussi terrifiante et intelligente aura fait preuve de tant d’épure, de minimalisme, de suggestion. Aucune scène de crime, zéro goutte de sang, pas de violence ni d’effets spéciaux d’aucune sorte : simplement par ses dialogues brillamment écrits, sa musique inquiétante et la psychologie de ses personnages, Mindhunter réussissait à créer une ambiance suffocante, en plongeant à corps perdu dans l’esprit des serial-killers les plus dangereux de la planète. Pour sa deuxième saison, la série ne déroge pas à cette règle d’or qui est devenue, en très peu de temps, sa marque de fabrique, et se montre toujours aussi passionnante dans le portrait qu’elle dresse d’une Amérique en pleine mutation.

Nous retrouvons nos deux agents du FBI, Holden Ford et Bill Tench, bien décidés à révolutionner le petit monde de la criminologie. Après avoir recueilli longuement les témoignages de grands criminels pour en établir le profil (tâche désormais confiée à la psychologue Wendy Carr, troisième maillon de cette grande étude), les deux hommes se retrouvent ici sur le terrain, à Atlanta, au cœur d’une enquête impliquant le meurtre d’une vingtaine d’enfants afro-américains. Les obstacles sont nombreux, non seulement car l’assassin recherché ne laisse que très peu d’indices sur les lieux de ses crimes, mais aussi car le contexte historique qui anime Atlanta à la fin des années 1970 est éminemment sensible. Délaissée économiquement et politiquement, menacée par la haine du Ku Klux Klan, la communauté afro-américaine réclame que justice soit faite, dans cette affaire sinistre qui n’a jusqu’ici éveillé que peu d’intérêt de la part des autorités.

Tout en dépeignant une époque cruellement marquée par les disparités raciales, Mindhunter réveille l’une des affaires criminelles les plus problématiques que l’Amérique ait connue. En 1981, Wayne Williams, un jeune afro-américain d’une vingtaine d’années et de bonne famille, est inculpé pour le meurtre de deux adultes. Il est également soupçonné d’être à l’origine du meurtre des enfants d’Atlanta, mais quarante ans après, aucune preuve n’a pu être trouvée et ainsi attester de sa culpabilité. Pour ne pas trahir les faits et alors qu’une enquête vient tout juste d’être rouverte, la série laisse planer le doute de façon extrêmement subtile quant à l’identité du tueur. Les indices et les fausses pistes éparpillés ici et là au fil des épisodes savent merveilleusement duper le spectateur, jusqu’à un final insatisfaisant sur le plan dramatique mais incroyablement fidèle à la réalité. C’est dans cette confusion volontaire que Mindhunter se montre la plus puissante : le plus important n’est pas la résolution de l’enquête, mais le chemin pour y arriver, les techniques déployées pour établir les profils types, mais aussi les erreurs qu’ils faut commettre pour mener à bien cette étude essentielle.

Des erreurs, nos trois protagonistes n’en rencontrent pas que dans leur vie professionnelle. Dans cette deuxième saison, la vie intime des personnages est profondément défaillante. Confronté au délitement de son mariage et aux soucis psychologiques de son fils adoptif, Bill Tench se révèle ici de façon pleine et entière, porté par un Holt McCallany plus charismatique que jamais. Perpétuellement en déplacement, forcé de rejoindre le domicile conjugal car son fils a plus ou moins participé au meurtre d’un enfant en bas âge, Bill voit ses problèmes personnels interférer dans son travail, au point de mettre en doute ce qu’il est en train de bâtir de ses propres mains. Les psychopathes qu’il a rencontrés jusqu’ici sont tous issus d’un milieu social défavorable, ont connu une éducation défectueuse ou ont baigné dans un environnement toxique. Pourquoi, dans ce cas, son fils, qui a grandi dans un foyer plutôt aisé, entouré d’une mère surprotectrice et d’un père certes absent mais aimant, montre-t-il des prédispositions à la violence ? Le comportement des psychopathes relève-t-il alors de l’inné ou de l’acquis ? À travers le seul parcours individuel de Bill Tench, les études de profilage se révèlent ici complexes, irrésolues, incroyablement denses.

Quant à Holden, sa vie privée n’est que très peu représentée dans ce deuxième volet, comme pour mieux souligner l’absence retentissante d’intimité dans l’existence du jeune homme, plus que jamais marié à son travail, à l’instar de ses deux collègues. Le personnage de Wendy Carr se montre quant à lui malheureusement plus décevant. Entretenant une relation avec une jeune barmaid, la psychologue est elle aussi obnubilée par ses entretiens professionnels, mais affiche une volonté apparente d’assumer sa sexualité et d’enfin s’engager dans une relation sérieuse. Pourtant, dès les prémices de cette romance, rien ne semble coller entre les deux femmes, tant leur milieu social, leurs intérêts intellectuels, leur réussite professionnelle et leurs habitudes respectives semblent les éloigner plutôt que de sceller leur union. Wendy se montre bien plus passionnante sur le plan professionnel, car la psychologue rencontre des problèmes pour s’affirmer en tant que femme dans un milieu exclusivement masculin, et peine à prouver qu’elle peut s’avérer indispensable sur le terrain, au même titre que ses deux acolytes.

En dessinant minutieusement les portraits de ses protagonistes et les affaires qu’ils doivent résoudre, la série n’oublie pas d’analyser en profondeur le monde qu’elle met en scène. En proie aux inégalités sociales et ethniques, attirée par le progrès technologique, la société de la fin des années 1970 préfigure notre monde actuel, régi par l’individualisme, le carriérisme et l’insécurité. Un monde à l’image de Charles Manson, grand gourou hippie accusé d’avoir commandité plusieurs meurtres, représenté ici brièvement comme un astucieux et dangereux manipulateur, devenu le symbole d’une époque particulièrement trouble. À coup de dialogues savoureux qui ne manquent pas de créer le frisson, Mindhunter annule toute scène d’action, tout évènement rocambolesque pour mieux laisser place à notre imagination la plus morbide. Avec cette deuxième saison quasiment irréprochable, Mindhunter prouve qu’elle est l’une des meilleures séries contemporaines et qu’elle fait partie de ce qui s’est fait de mieux en matière de production policière. À voir si les saisons suivantes, que l’on espère tout aussi sombres et rusées, sauront maintenir un tel niveau de qualité.

3 réflexions sur « Mindhunter (saison 2) ~ Joe Penhall »

  1. Bonsoir Émilie,
    C’est une très belle critique d’une saison 2 que je viens de démarrer mais qui est toujours aussi passionnante à suivre. Je pense, tout comme toi, que Mindhunter est une série à ne pas manquer sur Netflix. Holden, Bill et Wendy sont tous les trois magnifiquement interprétés. Je te donnerais un avis plus complet quand j’aurais fini de visionner cette saison 2. Je viens de terminer une série que j’ai adoré c’est « unbelievable ». On en reparlera car je publie une note prochainement sur cette excellente série Netflix. Toujours un plaisir de te lire Émilie. Je te souhaite un excellent weekend 🙂

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    1. Bonsoir Frédéric ! Je suis contente que nous partagions le même avis sur Mindhunter ! C’est vraiment une très bonne série, dans le haut du panier de ce que peut nous proposer Netflix. Hâte de discuter avec toi de cette saison 2 quand tu l’auras terminée ! 🙂
      J’ai vu le premier épisode d’Unbelievable, ça m’a profondément déprimée, donc j’attends un peu avant de continuer. Ça m’a tout l’air d’une série compliquée à regarder, difficilement supportable émotionnellement mais essentielle à bien des égards. La présence de Toni Collette au casting devrait finalement me faire revenir vers cette série, j’adore cette actrice et ce rôle a enfin l’air d’être à la mesure de son talent !
      À très bientôt Frédéric, passe une bonne soirée ! 🙂

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      1. Bonjour Émilie ! J’en suis à l’épisode 4 de la saison 2 de Mindhunter, c’est génial et même encore un cran au dessus de la première saison👏. On en reparlera quand je l’aurais terminé ce qui ne saurait tarder 😉
        « Unbelievable » est une série magnifique, un gros coup de coeur avec des actrices bluffantes. Oui Toni Collette j’adore aussi. Elle est super dans son rôle tout comme sa collègue de la police. Je publie la semaine prochaine ma chronique sur cette série. Je te souhaite un excellent weekend, toujours un plaisir de te lire Émilie 🙂

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