Notre Planète ~ Alastair Fothergill & Keith Scholey

Les dernières merveilles du monde

Le documentaire est certainement la forme la plus apte à ouvrir une fenêtre sur notre monde, mais ses approches scientifiques – et le plus souvent pessimistes – peinent encore à séduire un large public. Plusieurs entreprises telles que Demain, Une Vérité qui dérange ou encore Before the Flood ont réussi tant bien que mal à capter une audience conséquente, sans pour autant concurrencer les fictions les plus populaires. Comment, au cinéma comme à la télévision, réussir à aborder des sujets graves tout en proposant aux spectateurs une certaine forme de divertissement ? Si sa nouvelle série documentaire est malheureusement passée assez inaperçue, Netflix semble pourtant apporter une réponse à cette question problématique : avec Notre Planète, la plateforme la plus mondialement connue nous offre un véritable spectacle visuel tout en plongeant à corps perdu dans des réflexions profondes sur ce que certains qualifient déjà de nouveau « crime contre l’Humanité ».

Dès les premières secondes, Notre Planète frappe par la splendeur indicible de ses images. Dans une explosion de couleurs, des plans à couper le souffle et des situations que l’on pensait impossibles à filmer, la série souligne la beauté et la préciosité de ce qui se trouve juste sous nos yeux. Une majesté qui pourrait bel et bien disparaître si nous perpétuons nos modes de vie actuels, régis par l’industrie agro-alimentaire, le capitalisme et les énergies fossiles. À travers huit épisodes exposant la richesse de notre monde, Notre Planète nous invite à préserver les dernières merveilles qui subsistent sur Terre, toutes indispensables à la pérennisation de la vie : les mondes gelés, les jungles tropicales, les zones côtières, les déserts et les prairies, les profondeurs marines, l’eau douce et les forêts.

Devant tant de magnificence, certains spectateurs ont d’ailleurs remis en cause la réalité de ces visions enchanteresses, accusant la série d’utiliser des images de synthèse et des effets spéciaux numériques. Durant plusieurs années de tournage, ce sont pourtant de réelles images que les réalisateurs sont allés chercher aux quatre coins du globe, des parades amoureuses des oiseaux tropicaux à la fonte des glaciers au Pôle Nord, en passant par l’exploration de fonds marins encore méconnus. L’une des raisons pour lesquelles nous venons à douter de l’authenticité de ce que nous voyons, c’est parce que la série revêt déjà un caractère sacré, une valeur d’archive : depuis la fin du tournage, certains animaux ont effectivement disparu et certaines zones naturelles, à l’instar des grandes forêts sèches de Madagascar, se sont vues profondément bouleversées.

Contée par la voix chaleureuse et l’accent chantant de David Attenborough, narrateur légendaire de la BBC, Notre Planète montre comment tout est interconnecté, à quel point une petite cause peut avoir d’immenses conséquences. Dans le tout premier épisode, une séquence formidable révèle comment une simple tempête de sable dans le désert du Sahara peut envoyer des millions de micro-organismes dans l’océan, et ainsi nourrir le plancton dont se repaîtront les dauphins et autres poissons des profondeurs. Sans jamais fictionnaliser ses récits, en restant dans les faits les plus biologiques, la série explore chaque parcelle de notre environnement, de l’infiniment grand à l’infiniment petit, en nous rappelant par exemple le rôle primordial du Pôle Nord et du Pôle Sud dans la régulation de la température terrestre, ou en filmant dans une séquence intimiste la façon dont une orchidée tropicale assure sa reproduction en emprisonnant une abeille en son sein, pour mieux déposer son pollen sur le dos de l’insecte.

Si la nature nous apparaît ici comme un lieu harmonieux et intelligent, le réchauffement climatique a malheureusement des conséquences dramatiques sur cet équilibre qui semble pourtant inébranlable. À travers des images terribles, Notre Planète dresse le bilan des dégâts déjà occasionnés à notre magnifique biodiversité. À cause de la fonte des glaces, les ours polaires peinent à chasser leurs proies, ne trouvant plus de cachettes sur une banquise devenue totalement plate. Au nord de la Russie, plus de cent-mille morses s’entassent sur une seule et même plage pour se reposer, car leur habitat naturel, la banquise, a reculé de plusieurs centaines de kilomètres. En Australie, la Grande barrière de corail, particulièrement sensible à la hausse des températures de l’eau de mer, perd ses couleurs éclatantes avant de périr. En Amazonie, la déforestation et la culture intensive de palmiers à huile font disparaître de nombreuses espèces, dont les majestueux orangs-outans, aujourd’hui en danger critique d’extinction.

En nous alertant sur les altérations nocives de notre environnement vital, la série ne tombe pas pour autant dans un alarmisme stérile. Avec un optimisme inattendu, Notre Planète nous expose fièrement l’incroyable pouvoir de résilience de la nature : en Asie du Sud-Est, dans les îles Raja Ampat, les requins ont repris leurs droits après l’interdiction d’une pêche non réglementée ; en Californie, un majeur incendie de forêt a donné vie à un tout autre écosystème enfoui dans le sol ; la préservation de la steppe mongolienne a rendu possible l’augmentation du nombre de saïgas et de chevaux sauvages ; à Tchernobyl, après la catastrophe nucléaire, les arbres et les animaux ont élu domicile dans un environnement hostile que même l’homme a fini par déserter. C’est d’ailleurs cette invraisemblable séquence qui vient clôturer la série en apothéose, nous laissant sur cet infime espoir que, si nous lui accordons une chance, la nature pourra se relever de nos erreurs passées.

C’est ici que l’émotion vient nous cueillir, lorsque la série nous fait prendre conscience, tout en douceur, qu’il n’est pas encore trop tard pour agir. Sans misérabilisme ni accusation moralisatrice, Notre Planète nous évince totalement du tableau – seul le septième épisode montrera une présence humaine – pour mieux démonter notre anthropocentrisme et nous rappeler que nous sommes loin d’être seuls sur cette fragile planète. Avec ses images éblouissantes de rareté, son regard essentiel sur notre environnement vital et son discours non dénué d’enthousiasme quant à notre avenir commun, Notre Planète est sans conteste la production audiovisuelle la plus importante de notre temps. Une série à chérir de tout notre cœur et de toute notre âme, car d’ici quelques années, Notre Planète sera peut-être le dernier vestige de la vie sur Terre telle qu’elle était autrefois, l’ultime témoin de ce que nous n’avons pas su préserver.


Pour aller plus loin et agir concrètement : 

ourplanet.com


5 réflexions sur « Notre Planète ~ Alastair Fothergill & Keith Scholey »

  1. J’ai adoré cette série documentaire « Our Planet ». C’est la meilleure série en ce domaine que j’ai vue jusqu’alors. Les images sont non seulement époustouflantes, mais elle apporte aussi une réelle réflexion sur notre nature à préserver. Chacun à son niveau peut prendre soin de son environnement, comme ne pas laisser des papiers dans les caddies de magasin, par exemple, ou à terre à 15 cm de la poubelle… Belle journée à toi. Bisous 🙂

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    1. Plus j’y pense et plus je trouve cette série parfaite ! C’est loin d’être moralisateur ou pessimiste, c’est magnifique visuellement, c’est émouvant et c’est indispensable ! Mon plus gros coup de cœur de l’année, sans aucun doute ! Et oui, nous pouvons faire quelque chose chacun à notre échelle !

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  2. J’aime beaucoup ton texte Émilie qui rend un hommage justifié à cette magnifique série documentaire « Our planet »🎦. Oui c’est un « crime contre l’humanité » contre la planète Terre que nous partageons avec d’autres êtres vivants qui sont présents depuis bien plus longtemps que nous.. Cela doit nous rendre humble. Il y a une prise de conscience dans une partie de la population qui est prête à faire de réels efforts pour sauver la planète☀️.. et puis il y a Trump et tous ces dirigeants sans vision aucune, à part celle de faire le maximum de profits même s’il faut pour cela tout détruire.. Je te souhaite un excellent weekend, @très vite Émilie 😊

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    1. Une série qui prend encore plus d’ampleur maintenant que la forêt amazonienne est en train de brûler… Quelle horreur !
      C’est sans conteste la plus belle série que j’ai vue cette année, je pourrai la revoir en boucle à l’infini ! Une série indispensable et incontournable pour nous montrer que tout n’est pas encore perdu, et qu’il est encore temps d’agir ! Merci Frédéric pour ton commentaire, passe une bonne semaine ! 🙂

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      1. Oui, j’ai le même ressenti sur cette série qui envoie un message d’espoir à l’heure où les Bolsonaro et autres Trump sévissent.. Une des meilleurs séries de Netflix à n’en pas douter. Belle fin de semaine à toi Émilie, au plaisir de te lire et d’échanger 🙂

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