3 romans pour survivre en milieu hostile

La littérature a ce pouvoir merveilleux de nous faire voyager n’importe où, pour nous faire vivre de l’intérieur des destins bien éloignés des nôtres. Des destins extraordinaires, admirables, inspirants, dans cette capacité qu’ils ont à tromper la mort, à embrasser la vie envers et contre tout. Dans les plaines de Californie, dans les forêts de la côte ouest américaine ou dans les grandes steppes africaines, les trois œuvres ici présentes nous plongent au sein même d’une nature qu’il s’agit de protéger, d’apprivoiser ou de reconquérir. Ces romans a priori très différents, classiques comme contemporain, charnels ou intellectuels, nous présentent des personnages qui se doivent de traverser les mêmes épreuves : pour survivre en milieu hostile, il leur faut affronter la faim, la violence physique et surtout la noirceur qui se terre dans le cœur des hommes.


Les Raisins de la colère ~ John Steinbeck

Il y a des chefs-d’œuvre qui se méritent, et d’autres qui se révèlent dès les premières pages, comme une évidence. Les Raisins de la colère fait partie de la seconde catégorie. Dans cette odyssée du désespoir, John Steinbeck n’a pas son pareil pour décrire une Amérique bouleversée par l’industrialisation et la recherche du profit. Durant la Grande Dépression, la famille Joad, paysans de père en fils, se voit arrachée à sa terre, forcée à l’exode rural et plongée dans la misère la plus totale. À travers de longues descriptions d’une profonde mutation de la société, Steinbeck cristallise la naissance d’un monde où tout s’achète et où les plus pauvres sont jetés en pâture pour quelques centimes. Sous le joug de ce système vampirique, les religieux perdent leur foi, les jeunes gens sont pétris d’espoirs mort-nés et les laissés-pour-compte ne savent même plus qui blâmer : la cupidité et l’inhumanité se sont tant répandues qu’elles en ont perdu tout visage. Tandis que leurs semblables ont déjà vendu leur âme au diable, les plus démunis tentent de sauvegarder leur dignité et l’entraide, comme en témoigne un final empli d’humanité, où la Terre Mère fait place à la mère nourricière. Ombragée par une adaptation cinématographique bien plus lisse, cette œuvre résonne pourtant encore dans nos sociétés contemporaines, toujours troublées par la course au progrès et les inégalités sociales. N’est-ce pas là le signe distinctif des plus grands romans de tous les temps ?


My Absolute Darling ~ Gabriel Tallent

Depuis la sortie de My Absolute Darling en 2018, le nom de Gabriel Tallent est sur toutes les lèvres. Il faut dire que son tout premier roman, qu’il aurait mis pas moins de huit ans à écrire, est déjà digne des plus grands auteurs. Nous y faisons la connaissance de Julia/Croquette/Turtle, une fillette de treize ans abusée par un père ambivalent, tantôt écologiste, philosophe et charismatique, tantôt manipulateur, monstrueux et destructeur. Élevée dans la culture des armes, persuadée que l’école ne vaut rien face aux méthodes survivalistes que lui inculque son père, tiraillée entre l’amour qu’elle porte à son géniteur et la souffrance physique et émotionnelle qu’il lui fait subir, Julia devra affronter seule cette présence envahissante et problématique. Dans une ambiance de fin du monde, Gabriel Tallent nous embarque sur la côte rocheuse de Mendocino, où la violence du cocon familial répond à l’agressivité d’une nature indomptable. En analysant finement la psychologie de ses personnages et en flirtant parfois avec l’insoutenable, l’auteur dresse un parcours du combattant fascinant et les prémices d’une reconstruction qui s’annonce douloureuse. Après les succès de Dans la forêt et des multiples romans de David Vann, les éditions Gallmeister frappent fort une nouvelle fois grâce à cette œuvre radicale, qui a à juste titre mis en ébullition toute la sphère littéraire.


Les Racines du ciel ~ Romain Gary

On croit souvent à tort que la protection de l’environnement est l’affaire de notre siècle. Pourtant, nombreux sont ceux à avoir tiré la sonnette d’alarme bien avant l’heure : parmi eux, Romain Gary, particulièrement en avance sur son temps, s’intéresse au sort des éléphants d’Afrique, tués pour leur viande, leur peau et leur ivoire. Dans Les Racines du ciel, paru en 1956, l’écrivain français expose l’affrontement captivant d’une humanité en désaccord : d’un côté, les férus de chasse occidentaux, assoiffés par le sang et l’argent ; de l’autre, des indigènes en quête d’un peu de protéines à ajouter à leur régime alimentaire ; au centre, un petit groupe d’activistes humanistes prêt à prendre les armes pour défendre ses convictions. Dans ce roman à plusieurs voix, Romain Gary suit plus particulièrement le parcours de Morel – idéaliste illuminé pour certains, sauveur de l’humanité pour d’autres -, qui considère que la défense des animaux est bien plus une question d’éthique, de conscience et de dignité qu’un problème à mettre entre les mains des politiciens. D’un style à la fois élégant et percutant, d’une rare densité car brassant également des thèmes d’Histoire, de géopolitique et de religion, analysant les profondeurs de l’âme et de la solitude humaines, Les Racines du ciel est un ouvrage universel, brûlant d’actualité, qui a de quoi inspirer tous les grands écologistes convaincus de notre temps.

3 réflexions sur « 3 romans pour survivre en milieu hostile »

  1. Coucou Emilie ! J’ai lu et adoré les deux premiers livres dont tu parles avec talent. Pour Les Racines du ciel de Romain Gary, il est sur ma PAL et il doit être magnifique ce livre. Le Gabriel Tallent c’est LE livre qui m’a époustouflé l’année dernière. Steinbeck, Faulkner, Hemingway.. j’adore ces auteurs. Merci Emilie pour ce très beau partage. Excellente soirée à toi, @ très bientôt 😉 🙂

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