My Beautiful Boy ~ Felix Van Groeningen

Requiem for an american dream

Avec La Merditude des choses, Belgica et le sublime Alabama Monroe, le cinéaste belge Felix Van Groeningen a su séduire le public français et international et électriser de l’intérieur le cinéma indépendant européen. Grâce à ses personnages de magnifiques marginaux, son goût prononcé pour la musique (électronique, Bluegrass, rock) et ses chassés-croisés temporels, Felix Van Groeningen nous a livré des films vibrants, investis d’une véritable énergie vitale et dont la décharge émotionnelle fut pour le moins dévastatrice. Désormais connu dans le monde entier après le succès d’Alabama Monroe dans diverses cérémonies étrangères, ce talent à l’état pur ne pouvait malheureusement pas échapper bien longtemps aux griffes acérées d’Hollywood. Dans My Beautiful Boy, son tout premier film américain, Felix Van Groeningen se frotte à deux défis risqués : s’attaquer au genre rarement convaincant du biopic et traiter de façon authentique le thème de l’addiction.

De ses précédents films, Felix Van Groeningen a gardé ce qui faisait toute la beauté de son style : en dépeignant le destin tortueux d’êtres humains brisés par l’existence, le cinéaste multiplie les flash-back et les séquences musicales, ici baignées de chansons anglo-saxonnes, allant de Nirvana à David Bowie en passant par John Lennon. Cependant, là où ses obsessions stylistiques et scénaristiques réussissaient à crever l’écran dans Alabama Monroe et Belgica, elles ne génèrent ici que platitude dans la réalisation et maladresses dans l’émotion. Plus rien ne vibre ni ne vit dans ce film bancal et conventionnel, dans lequel un père de famille se bat désespérément pour sauver son fils de sa dépendance aux drogues dures. La volonté du cinéaste de mêler le passé au présent, ainsi que ses nombreuses intentions de montrer que même l’enfance heureuse de Nicolas Sheff n’a pas suffi pour le mener sur le droit chemin, ne se soldent que par des sauts temporels souvent confus, rarement pertinents et très vite redondants.

Dans son scénario également, My Beautiful Boy ne parvient jamais à trouver le bon ton. Felix Van Groeningen entend dépeindre la façon dont les problèmes d’addiction touchent non seulement la victime mais également tout son entourage. Pourtant, le traitement des personnages manque cruellement de profondeur : le mal-être de Nicolas transparaît seulement à travers quelques lectures torturées et ses goûts musicaux alternatifs, tandis que la douleur de son père David se répercute sur ce qu’il reste de sa vie de famille, un quotidien si peu montré à l’écran qu’il est bien difficile de s’y attacher. Dans les rôles principaux, Steve Carell (que l’on aimerait bien voir sortir un peu de sa veine dramatique, un peu éculée) et Timothée Chalamet (le nouveau chouchou de nombreux spectateurs) auraient été convaincants si leurs prestations ne tendaient pas autant vers la recherche de performance. Les scènes de confrontation entre les deux acteurs, censées être les moments les plus intenses du film, ne semblent servir qu’à exacerber leur qualités de jeu.

Dans un final larmoyant qui souligne lourdement les souffrances causées par la drogue, paré de témoignages édifiants et de cartons-titres rappelant la véracité de l’histoire, My Beautiful Boy finit de sombrer dans les affres de l’académisme américain. Assoiffé par la rentabilité, Hollywood finit toujours par attirer dans ses filets des réalisateurs indépendants talentueux pour les mettre à la tête de films lisses susceptibles de plaire au plus grand nombre. Felix Van Groeningen n’est malheureusement pas la première victime de ce système vampirique : récemment, Damien Chazelle et Jeff Nichols en ont fait les frais, perdant considérablement leur âme et leur créativité dans leurs films respectifs First Man et Loving. Si l’on peut  aisément comprendre que certains auteurs viennent quelques fois fouler le sol hollywoodien pour remplir plus abondamment leur compte en banque, force est de constater que leur unicité, au contact de la plus grande industrie du film au monde, finit bel et bien par s’évaporer.

2 réflexions sur « My Beautiful Boy ~ Felix Van Groeningen »

  1. Très bel article sur un film que je vais regarder prochainement. Je te dirais qu’elle aura été mon ressenti quand à ce « Beautiful Boy ». Je te rejoins totalement sur le fait que beaucoup de réalisateurs se perdent à Hollywood en vendant leur âme contre un énorme chèque.. qui pourrait les blâmer.. le cinéma tel qu’il s’élabore aujourd’hui m’intéresse de moins en moins. Heureusement il y a Netflix 😉 J’ai vu la BA du nouveau Xavier Dolan.. j’aime beaucoup ces films. A voir ce que donnera son premier film hollywoodien 😉 Belle soirée Emilie 🙂 @très vite !

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  2. Je reviens ici sur ton blog pour te livrer mon ressenti sur ce film. Pour ma part, j’ai trouvé ce film sensible, magnifiquement interprété et la BO apporte un vrai plus. Le sujet, la façon de l’aborder mais surtout le jeu des acteurs/actrices, c’est à mon sens un très beau film. C’est très subjectif bien sûr. Belle soirée à toi Émilie ! @très vite 🙂

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