Velvet Buzzsaw ~ Dan Gilroy

Il y a quatre ans, Dan Gilroy convainquait bon nombre de spectateurs avec Night Call, une grande plongée cauchemardesque dans le monde du journalisme sensationnaliste. Toujours aux côtés de Jake Gyllenhaal et Rene Russo, le cinéaste revient désormais sur Netflix avec un film très similaire à son précédent : Velvet Buzzsaw, une satire horrifique de la sphère artistique, où chacun (peintres, critiques d’art, galeristes, assistants) est prêt à tout pour devenir le plus riche du milieu, même à souiller la mémoire d’un mort.

Devant cet objet clairement caustique, on pense d’abord à The Square, l’excellent film de Ruben Östlund, qui revenait sur l’incapacité d’un directeur de musée à concilier ses principes intellectuels à ses actes dans la vie de tous les jours. On pense également à The Neon Demon, pour ce côté horrifique, où vampirisme et cannibalisme servent merveilleusement l’analyse acide et lucide de notre société actuelle. Malheureusement, ces comparaisons élogieuses ne font que souligner la pauvreté visuelle et scénaristique de Velvet Buzzsaw.

Si l’esthétique semble au premier abord plus travaillée que dans Night Call et que le casting affiche son prestige – quel plaisir de voir Jake Gyllenhaal, Toni Collette et John Malkovich réunis dans un seul et même film ! -, Velvet Buzzsaw fait rapidement preuve de vacuité. L’exposition du film, avec une multitude de personnages tous plus grandiloquents les uns que les autres, semble interminable ; les séquences d’horreur, nimbées d’une musique électronique peu convaincante, relèvent plus du ridicule que de l’effrayant ; quant à la satire elle-même, elle paraît bien trop moralisatrice pour réellement toucher sa cible.

Là où Night Call allait jusqu’au bout de l’immoralité en laissant son protagoniste répandre son venin insidieusement, Velvet Buzzsaw condamne ses personnages à payer pour leur cupidité. En orchestrant cette grande mascarade bien moins piquante qu’espérée, Dan Gilroy empêche l’identification à des individus plus agaçants que réellement complexes. Aucun des personnages n’arrive alors à la cheville de Lou Bloom, le protagoniste machiavélique de Night Call, qui avait su nous effrayer, nous captiver et nous attendrir dans le même mouvement.

Depuis son précédent film, ce que Gilroy a gagné en budget, en grand-guignolesque et en caricatural, il l’a perdu en sobriété, en efficacité et en tension dramatique. On vient alors à regretter le choc émotionnel et la mise en scène maîtrisée de Night Call, qui continue encore et toujours de nous hanter. Reste à savoir si la prochaine œuvre de Dan Gilroy confirmera son talent pour la satire de notre monde moderne, ou si elle lui refusera l’accès aux portes de la postérité artistique…

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