The Letdown ~ Alison Bell & Sarah Scheller

Maman, mode d’emploi

En l’espace d’une petite décennie, de plus en plus de femmes réalisatrices ont réussi à se frayer un chemin dans l’univers impitoyable de la série télévisée. Depuis leur poste d’actrices-créatrices, Tina Fey, Mindy Kaling, Amy Poehler, Rachel Bloom, Phoebe Waller-Bridge et bien d’autres en profitent pour aborder les difficultés rencontrées dans leur quotidien et celui de bien des femmes à travers le monde. Avec humour et intelligence, 30 Rock et Parks and Recreation reviennent ainsi sur la délicate conciliation entre vie professionnelle et vie de famille, tandis que The Mindy Project et Crazy Ex-Girlfriend préfèrent se focaliser sur les affres de la relation amoureuse, parfois parasitée par des espérances trop romantiques. À son tour, l’actrice australienne Alison Bell prend les rênes de son propre programme : co-produit par ABC et Netflix, The Letdown (traduit en français par Super Mamans) met en scène le quotidien d’Audrey, nouvellement mère au foyer, qui devra apprendre à gérer les besoins de son nourrisson tout en faisant le deuil de son ancienne vie.

Souvent décoiffée, peu coquette, toujours l’air fatigué et amplement dépassée par les évènements, Audrey découvre les premières joies de la maternité : les traumatismes post-partum. Baisse de l’attention, montée de lait intempestive, hémorroïdes, fuites urinaires, retour de couches et pertes de mémoire sont autant de désagréments connus par les femmes après l’accouchement que la série aborde sans complexe, presque avec légèreté. C’est là l’un des principaux atouts de The Letdown, celui d’informer les spectatrices et les spectateurs sur des aspects de la maternité peu connus et très rarement traités par des programmes grand public. Par le biais de la comédie mais aussi du réalisme, la série déconstruit également le mythe de la parentalité parfaite : ici, les bébés ne font pas leurs nuits, les papas sont souvent absents et les mamans boivent du café alors qu’elle allaitent, portent des casques pour ne pas entendre les pleurs de leur enfant et oublient parfois leur progéniture dans la voiture. Dans un moment de confidence qui finit d’achever l’image stéréotypée de la mère idéale, Audrey avoue même se trouver des points communs avec le Dr Frankenstein, puisqu’elle aussi a réussi à créer un véritable petit monstre.

Si la série entend bien faire disparaître les clichés liés à la maternité, elle le fait souvent avec douceur, notamment lorsqu’il s’agit de dépeindre la vie sociale et conjugale d’Audrey. Obnubilé par sa carrière professionnelle, son mari Jeremy n’est que très peu présent pour s’occuper de leur fille et se montre assez insouciant face aux difficultés rencontrées dans leur couple (vie sexuelle inexistante, infidélité, manque de communication). Dans le sixième épisode – le seul où Jeremy doit faire face à ses responsabilités de père -, les choses ne tournent pourtant pas à son avantage : en l’absence de table à langer dans les toilettes des hommes (un fait dont le programme ne manque pas de souligner le sexisme), le papa en herbe s’infiltre en douce chez les dames mais donne lieu malgré lui à l’un des quiproquos les plus drôles de la série. Pour ce qui est des anciens amis et collègues d’Audrey, ceux-ci n’ont clairement plus les mêmes préoccupations qu’elle : intéressés exclusivement par leur travail, les relations sans lendemain et les sorties en boîte de nuit, ils disparaissent progressivement de l’entourage de la jeune maman.

Un entourage qui sera joyeusement redéfini par les femmes du groupe de soutien dans lequel Audrey est inscrite. Au fil des épisodes, nous faisons la connaissance de ces mamans en tous genres, qui gèrent chacune à leur façon les moments difficiles de leur nouvelle vie : Sophie, chic et hyper-connectée, passe son temps à prendre des selfies avec son nouveau-né et perpétue cette fameuse image de la mère parfaite, quitte à complexer ses camarades ; Martha, célibataire et homosexuelle, a choisi d’élever seule son petit garçon après avoir eu recours au don de sperme ; Barbara, maman de trois enfants, défend corps et âme son boulot à plein temps de mère au foyer ; seul homme du groupe, Ruben prend très à cœur son rôle de papa poule tandis que sa femme Ester se montre totalement désintéressée ; quant à Ambrose, coordinatrice de tout ce petit monde, elle donne de précieux conseils à ces mamans débordées en plus de dissimuler un douloureux secret à propos de son propre passé de mère. Par leurs destins individuels, leurs personnalités diverses et la force collective qu’elles parviennent à insuffler au sein du groupe, ces femmes finissent par devenir le cœur de la série et réussissent à créer l’attachement et l’émotion indispensables à la survie de tout programme télévisé.

Malheureusement passée inaperçue sur la plateforme Netflix, The Letdown fait pourtant partie de ces séries qui, en plus de démocratiser les problèmes inhérents à la vie des femmes, légitime largement la place primordiale des créatrices au sein du paysage audiovisuel actuel. À travers sept épisodes courts mais éloquents, Alison Bell et Sarah Scheller réussissent à montrer aux mamans d’aujourd’hui que les erreurs, les crises de panique, les siestes n’importe où, l’allaitement en public, les instants loin de sa progéniture et les petits plaisirs personnels (comme l’alcool et la littérature d’horreur) ne sont pas des fatalités. En déculpabilisant la maternité avec bienveillance et sans jugement, The Letdown s’éloigne surtout des modèles hollywoodiens dont l’injonction à la beauté et au glamour se fait de plus en plus désuète. Plus proches de nos préoccupations, plus en phase avec notre quotidien, nombre de séries actuelles ont su redonner au genre de la comédie toute sa dimension humaine et initiatique, pour nous permettre de vivre en accord avec nos défauts, notre inexpérience et nos maladresses. Désormais, dans la vraie vie comme dans notre petit écran, tout ne se résout pas en un claquement de doigt et heureusement que des séries comme The Letdown sont là pour nous le rappeler.

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5 réflexions sur « The Letdown ~ Alison Bell & Sarah Scheller »

    1. J’ai également du mal à comprendre ! Elle mérite largement plus d’audience ! Il n’y a plus qu’à espérer que le bouche-à-oreille fasse son effet… Avec cette fin, j’espère aussi qu’il y aura une deuxième saison (et plus si affinités) ! :)

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  1. The Letdwon c’est dommage que les gens soient passé à côté.. cela me fais penser à « seven seconds » une excellente série qui n’a pas eu le succès mérité ;) Heureusement, nous sommes là pour en parler et favoriser le bouche à oreille. Le sujet de la maternité est toujours intéressant surtout quand il est traité sans tabou et avec un regard plutôt « bienveillant ». Sans toi Emilie, je n’aurais pas pu connaître cette série. Merci pour cette belle critique, beau weekend Emilie, @très vite :)

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    1. Exactement, il faut parfois compter sur le bouche-à-oreille pour faire connaître des œuvres ! C’est bien le but de nos blogs respectifs, Frédéric ! :) Il faut aussi savoir sortir des sentiers battus pour découvrir des séries peu connues mais pourtant très réussies, comme celle-ci ! Heureusement, il n’y a pas que Game of Thrones dans la vie ! Dernièrement, tout le monde s’est jeté sur The Haunting of Hill House, qui est sûrement très bien réalisée, mais je n’arrive pas à m’y plonger… J’ai malheureusement beaucoup de mal avec le genre horrifique, ça me paralyse. ^^ Peut-être que ça pourrait t’intéresser de ton côté (c’est sur Netflix en plus ;) ) !
      Bon après-midi Frédéric et à très bientôt ! :)

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      1. Coucou Emilie ! oui je te rejoins totalement. Oui j’ai vu cette série horrifique mais il faut que je me décide à poursuivre l’aventure car « l’horreur » ce n’est pas trop mon style car ça me fais flipper ^^ J’ai vu outlaw king et le dernier des frangins Coen et j’ai adoré les deux films que je chroniquerais prochainement ;) Belle soirée Emilie, toujours un plaisir d’échanger avec toi :) très vite !

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