Mes héroïnes de séries préférées

Depuis la sitcom I Love Lucy, qui a vu le jour dans les années 1950 et dépeignait alors la vie d’une femme au foyer désespérée, l’image des personnages féminins a considérablement évolué à la télévision, que ce soit dans les séries comiques ou au sein de programmes plus dramatiques. Plus exubérantes, moins soumises à un environnement dominé par les hommes, également plus en phase avec leur féminité, les héroïnes de séries actuelles n’hésitent pas à croire en l’amour, à satisfaire leur estomac à la moindre occasion et à laisser s’exprimer leurs émotions, aussi complexes soient-elles. Véritables modèles pour toutes les jeunes filles d’aujourd’hui, les femmes de cette liste sont bel et bien ancrées dans leur époque et, qu’elles aient une forte personnalité ou un caractère plus introverti, parviennent à créer, par leur réalisme ou leur fantaisie, un véritable sentiment d’identification.


Mindy Lahiri (The Mindy Project, 2012 – 2017) : Excentrique dans sa façon de s’habiller, intarissable sur tous les sujets (surtout sur elle-même et sur le dernier petit déjeuner de Beyoncé), égoïste en amour comme en amitié, effrayée à l’idée de faire cinq minutes de sport et gourmande au point de manger une pizza pour le goûter, Mindy prouve qu’il est possible d’affirmer sa personnalité tout en restant féminine. Quand elle ne travaille pas dans son cabinet de gynécologue, Mindy rêve du prince charmant, fortement influencée par les comédies romantiques dont elle est fan. Seulement voilà, la vie n’a rien d’un conte de fée : ses histoires d’amour sont conflictuelles, ses rendez-vous tournent souvent à la catastrophe et son « happy ending » tarde à pointer le bout de son nez. Avec son physique aux antipodes des modèles de beauté, Mindy montre surtout que trouver l’amour et mener une vie professionnelle bien remplie ne sont pas deux choses inconciliables. De quoi inspirer les filles qui souhaitent devenir des cheffes d’entreprise sur talons hauts et partager leur paquet de chips avec l’homme de leur rêve.

Interprétée par : la pétillante Mindy Kaling.

La scène à retenir : l’ascension échevelée des marches de l’Empire State Building.

Philosophie de vie : « People seems to be having these awesome sex lives and I’m just trying to find a life partner to go apple-picking with. What’s wrong with me ? »


Angela Chase (My So-Called Life, 1994 – 1995) : Du haut de ses quinze ans, Angela est sûrement l’adolescente la plus réaliste jamais croisée à la télévision. Si ses préoccupations sonnent si juste, c’est parce qu’elles ont aussi été les nôtres : choisir entre sa meilleure amie d’enfance et la fille populaire un peu dévergondée qui nous emmènera en soirée ; entrer en conflit avec ses parents parce qu’on croit qu’ils ne comprennent pas nos soucis ; avoir envie de sauter sur le garçon qui nous plait, mais ne pas savoir quoi lui dire une fois qu’il est en face de nous ; se comparer aux autres filles et décréter que l’on n’a rien d’exceptionnel ; se dire que la vie au lycée est un véritable champ de bataille émotionnel ; préférer rêvasser pendant les cours plutôt que de s’intéresser à la littérature, à la biologie et aux événements qui ont marqué l’Histoire. Avec ses cheveux rouges, sa dégaine maladroite et sa voix-off qui s’adresse directement à nos souvenirs, Angela nous ramène inexorablement à notre passé et nous rappelle cette phrase si véridique de François Truffaut : « L’adolescence ne laisse un bon souvenir qu’aux adultes ayant mauvaise mémoire. »

Interprétée par : la rêveuse Claire Danes.

La scène à retenir : le premier baiser avec Jordan Catalano.

Philosophie de vie : « People always say how you should be yourself. Like yourself is this definite thing, like a toaster or something. »


Liz Lemon (30 Rock, 2006 – 2013) : Scénariste pour la télévision, dévouée dans son travail, véritable maman pour les acteurs dont elle gère l’existence, Liz Lemon a bien du mal à trouver une minute pour s’occuper de sa vie sentimentale. Liz prouve pourtant qu’elle a plus de neurones que la plupart des poules qui s’animent autour d’elle : c’est bel et bien sa carrière qui passe avant tout, et non son apparence vestimentaire ou sa ligne, qu’elle accable à coups de hot-dogs en guise de quatre-heures. Célibataire endurcie, Liz est un alliage d’adolescente attardée et de « middle-aged woman » : elle est fan de Star Wars, s’habille comme une vieille dame et n’a aucune idée de comment s’y prendre pour draguer. À l’image de son interprète et créatrice Tina Fey, qui a permis au paysage télévisuel d’évoluer en profondeur en laissant une place considérable aux femmes comiques, le personnage de Liz s’est imposé comme une source d’inspiration importante pour les artistes féminines qui ont suivi, comme Mindy Kaling ou Rachel Bloom, elles aussi à la tête de leur propre série télévisée.

Interprétée par : l’énergique Tina Fey.

La scène à retenir : à peu près toutes ses apparitions !

Philosophie de vie : « I don’t need anyone. Because I can do every single thing that a person in a relationship can. Everything. Even zip up my own dress. You know, there are some things that are actually harder to do with two people. Such as monologues. »


Audrey Horne (Twin Peaks, 1990 – 2017) : Fille de l’homme le plus riche de Twin Peaks, Audrey Horne sait arriver à ses fins. Intelligente, courageuse, un brin manipulatrice, l’adolescente compte bien aider l’agent spécial Dale Cooper à élucider le meurtre de sa camarade de classe Laura Palmer. Pour ce faire, Audrey se montre volontaire et met sa vie en péril. Particulièrement ambitieuse, Audrey n’hésite surtout pas à tenter le tout pour le tout : elle se déguise en prostituée pour démasquer l’entreprise débridée de son père, elle se cache pour écouter les conversations en secret et se glisse dans le lit de Cooper en espérant l’attirer dans ses filets. Car malgré son jeune âge, Audrey a tout de la vamp séductrice : derrière ses cheveux parfaitement laqués, son rouge à lèvres pétillant et son regard confiant se cache une jeune femme bien décidée à s’émanciper du carcan familial, à se libérer de son côté enfantin et à découvrir tout ce que la vie peut lui offrir. Autant dire que son black-out dans la saison 3, où elle apparaît en perte de repères totale, fut un véritable déchirement pour tous les fans de la série.

Interprétée par : la magnétique Sherilyn Fenn.

La scène à retenir : toutes ses apparitions, aussi magiques les unes que les autres !

Philosophie de vie : « I’m Audrey Horne and I get what I want ! ».


Rebecca Bunch (Crazy Ex-Girlfriend, 2015 – ) : Toujours au bord de la crise de nerfs, Rebecca semble d’abord bien excentrique, multipliant les tenues hyper-colorées, les chansons parodiques et les manipulations pour réaliser son projet de bonheur chimérique : déménager dans la petite ville de West Covina, en Californie, pour reconquérir son amour de jeunesse, un certain Josh Chan, mâle irresponsable qu’elle voit pourtant comme l’homme de sa vie. Derrière son sourire constant et ses fanfreluches, Rebecca cache en réalité bien des maux : assommée d’antidépresseurs, malheureuse dans son boulot d’avocate new-yorkaise, tyrannisée par une mère vénale qui la pousse à l’excellence,  la jeune femme se berce d’illusions, s’enferme avec ferveur dans son obsession amoureuse et joue des pieds et des mains pour que sa vie soit parfaite, comme dans une comédie musicale. Véritable héroïne romantique désabusée, Rebecca nous emmène dans les méandres de la dépression et de l’anxiété avec une bonne humeur communicative, un humour dévastateur et surtout un cœur immense.

Interprétée par : la loufoque Rachel Bloom.

La scène à retenir : la « Sexy Getting Ready Song ».

Philosophie de vie : « Was I sick the day in school they taught how to be a normal person ? »


Princesse Margaret (The Crown, 2016 – ) : Fille cadette du roi George VI, sœur de l’actuelle reine d’Angleterre, Margaret n’a pourtant rien à envier aux membres de sa famille qui vivent sous les feux des projecteurs. Au premier abord, Margaret semble bien superficielle : enviant les pouvoirs de sa sœur et son exposition médiatique, la jeune femme fait tout pour attirer l’attention sur elle. Très vite, Margaret révèle sa fragilité : sa position privilégiée est un véritable cadeau empoisonné, à cause duquel elle ne peut vivre sa vie comme elle l’entend. Tiraillée entre son appartenance familiale et ses envies de liberté, blessée par les décisions ancestrales de la Couronne concernant son mariage potentiel avec l’amour de sa vie (Peter Townsend, un homme divorcé), Margaret souffre en réalité de son image idéalisée de princesse, qui freine sa sociabilisation et l’empêche de mener une vie normale. Insoumise, profondément humaine, toujours fascinante, Margaret est sûrement l’un des plus beaux personnages dramatiques de ces dernières années, valsant continuellement entre l’ombre et la lumière.

Interprétée par : la rebelle Vanessa Kirby.

La scène à retenir : la séance de photographie avec Antony Armstrong-Jones.

Philosophie de vie : « I know who I am. A woman for the modern age. Free to live, free to love and to break away. »


Sun Bak et Riley Blue (Sense8, 2015 – ) : Appartenant au même cercle de « sensitifs », Riley et Sun se sont découvert des points communs au fil du temps, au point de tisser des liens d’amitié sincères. La première, musicienne à Londres, tente de se remettre d’une terrible tragédie familiale et d’échapper à une malédiction qui l’empêche de revenir sur son île natale, l’Islande. La seconde, fille d’un homme d’affaires coréen, souffre de l’absence de sa mère et se dresse contre la soumission imposée par son père et son frère. Grandes solitaires, sans famille par choix ou par faute, Riley et Sun se battent chacune à leur façon contre leur histoire personnelle et deviennent ainsi les deux plus beaux personnages de la série. Leurs scènes communes ne manquent jamais de faire naître l’émotion : il suffit parfois d’une phrase échangée entre les deux jeunes femmes, sur le courage, sur la vie, sur la peur ou sur le deuil du passé, pour se rendre compte que la série n’a pas son pareil pour nous aider à prendre la vie avec philosophie.

Interprétées par : la battante Doona Bae et la fragile Tuppence Middleton.

La scène à retenir : leur connexion mentale en prison.

Philosophies de vie : « I take everything that I’m feeling, everything that matters to me, I push all of it into my fist and I fight for it. »

« It’s not the drugs that make a drug addict, it’s the need to escape reality. »


Kimmy Schmidt (Unbreakable Kimmy Schmidt, 2015 -) : Enfermée dans un bunker de ses 15 à ses 30 ans, Kimmy est restée bloquée dans le passé : en manquant quelques avancées technologiques majeures, les événements historiques de la dernière décennie et son passage à l’âge adulte, la jeune femme se prend encore pour une adolescente. Pourtant, alors qu’elle rentre dans la « vraie vie », Kimmy doit trouver un logement, un travail et surtout se faire de nouveaux amis. À New York, elle rencontre Titus, qui deviendra son colocataire et confident, et Jacqueline, sa nouvelle patronne imbue d’elle-même, qui se trouvent être aussi immatures qu’elle, aussi bien au niveau financier qu’émotionnel. Créée par la toujours aussi talentueuse Tina Fey, Kimmy ne manque pas de se battre pour sa liberté, dans un procès acharné contre son ravisseur, le grand gourou d’une secte religieuse. Avec ses vêtements jaune fluo, son enthousiasme à toute épreuve et son regard enfantin sur la vie, Kimmy est un personnage tendre et déjanté pour lequel on ne peut que fondre d’affection.

Interprétée par : l’optimiste Ellie Kemper.

La scène à retenir : sa reprise de L’Histoire de la vie, chanson du Roi Lion, en plein Time Square.

Philosophie de vie : « I’m having candy for dinner ! »


Polly Shelby Gray (Peaky Blinders, 2013 – ) : Seule femme parmi les loups, Polly a appris à ne pas se laisser marcher sur les pieds. Si elle sait se faire respecter des hommes, notamment de ses neveux, les terribles Thomas, John et Arthur Shelby, fameux gangsters de Birmingham, Polly sait également manier les armes à feu et faire preuve de violence quand la situation l’exige. Cette solide carapace paraît indestructible tant Polly semble contrôler son environnement avec panache et assurance, surtout quand il s’agit de protéger son fils Michael de potentiels criminels ou des machinations des membres de sa famille. Pourtant, lorsqu’elle apprend le décès de sa fille et lorsque l’amour frappe à la porte, Polly dévoile peu à peu ses failles : sa difficulté à se défaire de son passé tortueux, son affection inconditionnelle pour ses proches, sa méfiance vis-à-vis des hommes et surtout son cruel manque de confiance en elle. Au milieu des balles et du sang, Polly est définitivement l’atout féminin de la série, et apporte un peu de douceur et d’émotion en terrain hostile.

Interprétée par : la volcanique Helen McCrory.

La scène à retenir : son cœur brisé face à son portrait peint.

Philosophie de vie : « Brave is going where no man has gone before. »


Sybil Crawley (Downton Abbey, 2010 – 2015) : Issue d’une famille d’aristocrates britanniques, Sybil est sûrement la plus douce et la plus généreuse des filles Crawley. Malgré son statut privilégié et sa bonne condition, Sybil sait se montrer altruiste : elle se porte volontaire pour devenir infirmière pendant la Grande Guerre pour ne pas rester inactive tandis que les hommes sont sur le front, aide une servante à réaliser ses ambitions de devenir secrétaire et fait fi des différences sociales qui la sépare de ses domestiques. C’est d’ailleurs sur le chauffeur de son père, Tom Branson, qu’elle porte son dévolu, bien décidée à privilégier ses émotions aux conventions. Véritable héroïne austenienne, fervente défenseure de l’émancipation des femmes, Sybil se montre engagée politiquement, affichant des opinions empreintes de modernité et des décisions parfois désapprouvées par sa famille conservatrice. Respectueuse et déterminée, Sybil est un électron libre qui a tous les atouts pour inspirer de nombreuses jeunes filles d’aujourd’hui.

Interprétée par : la douce Jessica Brown-Findlay.

La scène à retenir : son malheureux accouchement.

Philosophie de vie : « I don’t know why we bother with corsets. Men don’t wear them, and they look perfectly normal in their clothes. »

5 réflexions sur « Mes héroïnes de séries préférées »

  1. Bonsoir Emilie ! La princesse Margaret m’a beaucoup touchée dans The Crown. Je partage ton avis, ton ressenti sur ce personnage. On sent ta passion pour ces personnages féminins. L’univers des séries sur netflix est si riche. Je regarde la casa de papel en ce moment. On parle beaucoup de « The rain » et de « Perdu dans l’espace ». Je vais me lancer pour me faire mon avis. Toujours un plaisir de te lire. Passe un très bon weekend Emilie, @très vite 🙂

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  2. Sybil Crawley pour la fin, c’est juste cruel, maintenant j’ai le coeur brisé pour la journée 😥

    Très chouette article, ça me donne envie de revoir toutes ses séries et leurs merveilleuses héroines ❤ (et d'en découvrir quelques unes, aussi !)

    Aimé par 1 personne

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