Mes meilleures lectures de 2017

En cette période de fêtes, dresser les tops de l’année n’est pas toujours une mince affaire. Il faut savoir rouvrir le livre de l’année passée pour se remémorer les meilleurs moments, les plus belles émotions, les plus gros coups de cœur qui ont construit ces douze derniers mois. Côté littérature, mon année a été remplie de lectures diverses et variées, toutes époques confondues, habitées par des personnages aux existences passionnantes et complexes. Dans ce top plutôt hétéroclite, un futur groom aventurier rencontre un explorateur en mal de liberté, un journaliste avide de pouvoir discute philosophie avec un petit garçon turbulent et son tigre en peluche, une femme perdue dans les affres du mariage regarde avec envie le quotidien d’une travailleuse du sexe tandis qu’un jeune sorcier mondialement connu trouve enfin la voie de la maturité.

La Recluse de Wildfell Hall, d’Anne Brontë : Entre la noirceur destructrice des Hauts de Hurlevent et l’émancipation romanesque de Jane EyreLa Recluse de Wildfell Hall se montre tout aussi passionnant, si ce n’est plus, que ses prédécesseurs tant admirés. Dans ce récit épistolaire, Anne Brontë nous invite au cœur du destin d’Helen Graham, une femme mystérieuse et solitaire qui éveille la curiosité du voisinage par son mode de vie ermite et ses manières réservées. Jouant sur plusieurs émotions, le roman ne manque pas de s’inscrire dans un réalisme social, encore marqué par la religion et les mœurs conservatrices, pour mieux sonder les dessous du mariage et la place de la femme dans la bourgeoisie britannique à l’époque victorienne. Avec son héroïne désireuse de reconquérir sa liberté, une écriture emportée où se diffuse pourtant la retenue et des thèmes universels empreints de modernité, La Recluse de Wildfell Hall mérite largement d’être reconsidéré, après le désaveu et la méconnaissance dont il a été l’objet.

Bel-Ami, de Guy de Maupassant : Deuxième roman de Guy de Maupassant, Bel-Ami est une oeuvre incroyablement contemporaine. Dans une peinture de la société française de la fin du XIXe siècle, Maupassant analyse avec cynisme les travers du pouvoir, de la réussite et de l’argent. En véritable Dom Juan, Georges Duroy conquiert toutes les femmes qui sont à sa portée et dénigre ses compagnons masculins pour gravir l’échelle sociale sans avoir à lever le petit doigt. Après Une vie, où il dépeignait avec gravité les désillusions d’une jeune fille devenue femme, Maupassant nous éclaire sur une époque dans laquelle le capitalisme et l’opportunisme se sont invités sans crier gare. À travers des descriptions foudroyantes de réalisme, les relations de Duroy où la malhonnêteté est reine et la représentation d’une bourgeoisie aveuglée par son matérialisme, Bel-Ami nous invite à porter un regard plus lucide sur notre monde actuel et sur l’origine de ses maux.

Harry Potter et la coupe de feu, de J.K. Rowling : Sûrement le meilleur opus de la saga, Harry Potter et la coupe de feu marque un tournant dans les aventures du jeune sorcier. Plus sombre que les précédents tomes, plus adulte aussi, ce quatrième volet voit la résurrection physique de Voldemort considérablement bouleverser le monde de la magie. À travers les épreuves mythiques, et désormais inoubliables, du Tournois des trois sorciers, J.K. Rowling nous plonge dans un univers d’une noirceur hypnotisante, où la violence, la haine et la mort se cachent à chaque coin de rue. D’un coup de baguette magique, l’auteure nous embarque aussi dans les affres de l’adolescence, en dépeignant avec beaucoup de réalisme les premiers émois, la timidité et la maladresse de Harry, Ron et Hermione, confrontés pour la première fois à des problèmes de grandes personnes. Dommage que ce tome, merveilleux, dense et remarquable, soit revisité de façon si maladroite dans la pièce de théâtre Harry Potter et l’enfant maudit

Calvin et Hobbes, de Bill Watterson : Créée en 1985, la bande-dessinée Calvin et Hobbes semble en avance sur son temps. Derrière la joliesse de ses dessins et les enfantillages mignons auxquels s’adonnent le jeune Calvin et son tigre en peluche Hobbes – qui ne s’anime qu’en présence du petit garçon -, l’oeuvre de Bill Watterson est en réalité une réaction à la décadence de la société américaine. Non-respect de l’environnement, échec de l’éducation, alimentation génétiquement modifiée, apathie causée par la télévision, aliénation à la surconsommation : autant de vices décrits avec un humour assez sarcastique et une mélancolie parfois désabusée, à travers le quotidien de Calvin, enfant turbulent accro aux émissions violentes, friand de céréales trop sucrées et partisan du moindre effort, surtout lorsqu’il s’agit d’explorer la nature et de sortir au grand air. Plutôt destinée aux adultes qu’aux enfants, Calvin et Hobbes dessine un état du monde d’hier et nous éveille, à la façon prophétique des œuvres de science-fiction, aux problématiques de notre société contemporaine.

Dans les forêts de Sibérie, de Sylvain Tesson : En février 2010, Sylvain Tesson s’en va poser ses valises sur les bords du lac Baïkal, en Russie, pour vivre durant six mois dans une cabane isolée. C’est le récit de cette aventure hors du commun que nous conte Dans les forêts de Sibérie, son carnet d’ermitage. Porté par la volonté de vivre dans le respect de notre planète, l’auteur se lance dans une déclaration d’amour à la nature qui, au fil des saisons, lui procure denrées alimentaires, paysages grandioses, paix intérieure mais aussi solitude et mépris grandissant pour l’espèce humaine. Dans un pamphlet contre notre société matérialiste et capitaliste, Tesson revient sur le mauvais goût qui s’est emparé du monde, sur la raréfaction du froid et du silence et sur l’échec de l’utopie décroissante, qui prône le ralentissement de nos vies modernes et l’épure de notre consommation sans trouver d’oreilles attentives. Dans cette invitation à l’exil, Tesson nous livre aussi une conclusion plutôt défaitiste : la vie dans les bois n’est pas une solution écologique mais un élitisme, puisque partout où l’homme passe, la nature trépasse.

The Grownup, de Gillian Flynn : Après le succès planétaire de Gone Girl, difficile pour Gillian Flynn de trouver matière à écrire sans replonger directement dans tous les éléments qui ont fait de son précédent ouvrage un chef-d’oeuvre. Difficile aussi pour ses fans de se contenter d’une courte nouvelle pour patienter jusqu’au prochain roman de l’auteure. Pourtant, avec The Grownup (traduit lamentablement en français par Nous allons mourir ce soir), Gillian Flynn renoue, sans jamais tomber dans le copier-coller, avec la noirceur et le cynisme qui ont fait toute la beauté de ses précédents opus, Sharp Objects et Dark Places. Sexe, mensonges et touches de surnaturel sont au programme de cette oeuvre dérangeante, où Flynn dessine une nouvelle fois de manière caustique et glaçante le portrait d’une humanité en mal de divertissement. Dans une fin totalement ouverte et pour le moins brutale, The Grownup nous laisse admiratifs devant tant de maîtrise du suspense et face à son art, machiavélique et brillant, de la manipulation.

Le Petit Spirou, de Tome et Janry : Déjà auteurs d’une partie des aventures de Spirou et Fantasio, Tome et Janry ont décidé d’explorer, avec humour et douceur, l’hypothétique enfance du groom le plus aventurier du monde de la bande-dessinée. Dans des gags courts et espiègles, le jeune Spirou, aux côtés de son ami Vertignasse et de son amoureuse Suzette, y va de sa bonne bouille et de ses coups montés pour susciter le rire. Nous regardons alors ce sale gosse turbulent martyriser ses professeurs, le curé de son village mais aussi ses parents et grands-parents avec un plaisir enfantin et nostalgique. Bien moins vulgaire que le Titeuf de Zep – qui a pourtant bercé la pré-adolescence de nombre d’entre nous -, Le Petit Spirou se montre plus subtil pour aborder les choses de la vie telles que la religion, l’éducation et surtout la sexualité. Au fil de leurs dix-sept albums, Tome et Janry ressuscitent surtout l’affreux chenapan terré en chacun de nous, en nous ramenant, dans une régression délicieuse, à l’âge de nos pires quatre-cents coups.

4 réflexions sur « Mes meilleures lectures de 2017 »

  1. Coucou Frédéric ! J’ai découvert Sylvain Tesson récemment et j’aime beaucoup ce qu’il fait. Il parvient à nous faire voyager par ses écrits tout en ayant une vision lucide de notre monde actuel, c’est très beau. Je te le conseille vivement !
    Passe de bonnes fêtes également et à très bientôt ! 🙂

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