Le Voyage d’Arlo ~ Peter Sohn

The Dino King

Difficile pour les studios de toujours allier imagination et production à la chaîne. Lorsqu’il s’agit de satisfaire un public toujours plus demandeur, les réalisations commerciales prennent parfois le pas sur des projets plus élaborés. Chez Pixar, ces derniers se sont montrés plus nombreux que les opérations marketing : des films comme Wall-E, Monstres et cie ou encore les trois Toy Story ont su s’imposer au panthéon des dessins animés grâce à leur singularité et à leur capacité à émouvoir petits et grands. Mais même chez le plus inventif des studios d’animation, les erreurs de parcours peuvent parfois survenir. C’est le cas du Voyage d’Arlo, dernier né pixarien un peu brouillon.

Brouillon, le mot est peut-être un peu fort, en tout cas en ce qui concerne l’aspect visuel du film. Les décors réalistes et l’animation soignée parviennent à poser le contexte de l’ère secondaire et à instaurer une ambiance paisible, propre à la majestuosité des forêts des Appalaches. Le naturel des décors est frappant, du champ de blé dans lequel Arlo et sa famille travaillent jusqu’aux torrents de la rivière qui borde leur domicile. Mais il n’y a pas que le physique qui compte : pour faire battre le cœur des spectateurs, l’esthétique ne fait pas tout. Une réelle émotion vient à manquer, faute à une histoire simpliste et à des personnages mal exploités.

Car sous l’incroyable performance visuelle, le scénario se montre très peu original, comme calqué – pour ne pas dire plagié – sur celui du Roi Lion. Le parcours initiatique d’Arlo ne va pas sans rappeler celui de Simba : le jeune lion partait en exil après la mort de son père ; de la même façon, Arlo se retrouve loin de chez lui après la disparition subite de son géniteur. Sur le chemin du retour, il fera des rencontres inattendues, quoiqu’un peu familières pour le spectateur : un tricératops farfelu, sorte de grand sage façon Rafiki, lui indiquera la bonne direction à prendre, puis trois tyrannosaures lui inculqueront une véritable philosophie de vie et l’aideront à vaincre ses peurs, tels des Timon et Pumbaa plus imposants, mais beaucoup moins rigolos.

Arlo rejoint également Simba lorsqu’il s’agit pour lui d’apprendre à marcher dans les pas de son défunt père. Une scène de rêve, où le jeune dinosaure s’imagine aux côtés de son paternel, rappelle évidemment, dans la forme comme dans le fond, l’apparition de Mufasa dans le ciel étoilé. L’ombre du père plane sur les deux héros, mais l’introspection d’Arlo semble bien mièvre à côté de la noirceur des épreuves traversées par Simba. Il ne s’agit pas pour le jeune dinosaure de faire face au deuil et au reniement des siens, mais simplement d’apprendre à vivre sans craintes. Ce Hakuna Matata version jurassique sonne donc un peu faux, loin de la profondeur que pouvait avoir son modèle inavoué – aucune déclaration du réalisateur ne vient appuyer la référence -, mais pourtant bien conscient.

Après un Vice-Versa magistral, où l’architecture visuelle et le propos universel venaient former un tout abouti et irréprochable, Le Voyage d’Arlo, qui prend pourtant le même sujet du passage à l’âge adulte, paraît bien petit et enfantin avec son histoire éculée et sa morale mignonnette. Comme quoi même le plus courageux des dinosaures ne peut rivaliser avec les émotions tout droit sorties du cerveau de Pete Docter. Avant de voir ce que nous réservent les prochaines productions des studios, un film original et des suites attendus dans les trois années à venir, Le Voyage d’Arlo est donc à ranger définitivement dans la case des Pixar un peu ratés, aux côtés de Rebelle, Ratatouille et Cars 2.

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