The Mindy Project (saison 4) ~ Mindy Kaling

Mindy Kaling fait partie de ces créatrices de séries télévisées américaines injustement méconnues en France et qui méritent d’être entendues partout dans le monde. Révélée par la version US de The Office, dont elle a écrit et réalisé quelques épisodes, Mindy Kaling a fait quelques apparitions dans des comédies cinématographiques telles que Sex FriendsCinq ans de réflexion ou encore C’est la fin, avant de se consacrer au projet le plus important de sa carrière, sa propre série comique The Mindy Project, dans laquelle elle tient également le rôle principal. L’histoire est simple et s’adresse surtout aux cœurs tendres : Mindy Lahiri est une jeune femme de caractère, gynécologue coquette et gourmande en quête du prince charmant et fan absolue de comédies romantiques. En somme, Mindy est une fille, une vraie. Mais voilà, sa vie ne se déroule pas forcément comme elle l’entend : loin des clichés croisés dans ses romances favorites, Vous avez un message et Quand Harry rencontre Sally en tête, la jeune femme devra se confronter, toujours avec humour, à la réalité des rencontres amoureuses et de la vie à deux, bien moins idylliques qu’elles n’y paraissent.

Dès les premières saisons, la jeune créatrice expose d’emblée le concept de sa série : insuffler une bonne dose de réalisme dans un contexte de comédie romantique, avec une héroïne qui n’hésite pas à assumer son côté fleur bleue, mais qui n’a rien des standards de beauté véhiculés par Hollywood. A coups de répliques savoureuses et de situations burlesques, The Mindy Project nous met face aux illusions romantiques de Mindy – qui sont un peu les nôtres aussi – pour mieux les déconstruire par la suite. Ainsi, nous pouvons voir la jeune femme se rendre compte qu’une cabine de douche et qu’une tente de camping, des lieux a priori romantiques pour y passer des moments à deux, sont en réalité des endroits très peu spacieux qui peuvent être sources de disputes et d’accidents malencontreux ; répliquer à son ami Morgan qu’une partie de jambes en l’air, ça ne se fait pas en un claquement de doigts et qu’il faut préalablement s’être brossé les dents, avoir ouvert la chasse aux poils indésirables et avoir vérifié que ses sous-vêtements sont présentables ; ou encore donner rendez-vous à Danny, son futur amoureux un brin macho, en haut de l’Empire State Building, comme à la fin de Nuits blanches à Seattle, avant de se confronter aux ascenseurs en panne et à l’obligation de gravir toutes les marches du bâtiment pour enfin atteindre, en nage et complètement essoufflée, son conte de fée presque parfait.

Dans la quatrième saison, Mindy est désormais fiancée à Danny et enceinte d’un petit garçon. Maintenant que son personnage est ancré dans la vie de couple, Mindy Kaling continue d’aller au-delà du « Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants » : la demande en mariage de Danny tarde à venir, car ce dernier a déjà connu une première expérience désastreuse, l’accouchement de Mindy, qu’elle avait planifié de A à Z dans une suite hors de prix, se déroule en fait dans un métro bondé et, une fois son petit bonhomme sur les bras, Mindy ne sait que faire pour trouver du plaisir dans son rôle de mère. Très vite, cette quatrième saison prend une tournure féministe, déjà présente en filigrane dans les saisons précédentes, mais jamais abordée de manière si frontale. Alors qu’elle compte bien reprendre son travail, Mindy se trouve confrontée aux exigences sexistes de Danny, qui la voit déjà en bonne fée du logis, toute la journée postée derrière les fourneaux ou l’aspirateur à la main, tout en prenant soin de leur petit prince Leo. En suivant toujours sa ligne directrice, Mindy Kaling déconstruit l’image stéréotypée de la mère au foyer et met surtout le doigt sur les difficultés des femmes d’aujourd’hui à trouver un équilibre entre leur activité professionnelle et leur vie de famille.

Cependant, après une première partie de saison engagée et remplie d’émotions, la série s’essouffle à partir de l’épisode 14 et devient assez chaotique, à l’image de la vie sentimentale de Mindy, qui ne vit plus avec Danny et tente de surmonter sa rupture en s’essayant aux sites de rencontres et en replongeant dans l’univers impitoyable des premiers rendez-vous. Là où la série s’avère surtout la moins apte à tenir le coup sur vingt-six épisodes, c’est dans le dessein de ses personnages secondaires, qui se montrent beaucoup moins attachants qu’auparavant : Danny n’a plus rien du papa poule ou de l’amoureux transi que l’on a connu dans les premières saisons, Morgan se transforme en sale gosse en mal d’affection là où il était le meilleur ami que toutes les filles rêvent d’avoir, et Jody, le nouveau docteur du cabinet, se montre un peu trop orgueilleux pour susciter de l’affection – tandis que les autres, Tamra, Peter et Jeremy en tête, n’ont plus aucune consistance. La série s’enlise tellement dans des intrigues sans envergure que le final, alléchant et particulièrement attendu pour sa fameuse scène dans l’ascenseur, paraît plus ou moins bâclé, apportant son lot de larmes à l’oeil mais manquant cruellement d’un cliffhanger digne de ce nom – comparé à celui de la saison 3, qui avait su suspendre l’intrigue amoureuse avec brio et donner pas mal de frissons d’impatience aux plus féru(e)s de la série.

Dans ce dernier épisode, la chanson Back to Black d’Amy Winehouse accompagne le générique de fin et rappelle les intentions de la saison entière : montrer comment Mindy gère sa rupture, alors que ses sentiments envers Danny ne se sont manifestement pas totalement envolés et que les souvenirs d’un temps heureux refont peu à peu surface. Malgré une perte de vitesse en cours de saison et quelques épisodes vraiment ratés, The Mindy Project reste fidèle à ses idéaux et montre que le couple n’est jamais une chose totalement acquise, qu’il est un combat de tous les jours et que les personnes qui le composent ne doivent pas oublier pour autant d’être des individus à part entière, investis de projets à accomplir et des rêves à réaliser. Renouvelée pour une cinquième saison sur la plateforme Hulu, la série semble vouloir continuer de creuser ce sillon, en poursuivant sa volonté de dépeindre les différentes étapes d’une relation amoureuse, à l’instar de Richard Linklater dans sa trilogie Before SunriseBefore Sunset et Before Midnight, avec davantage de fantaisie mais non moins de réalisme, ou comme l’a entrepris Aziz Ansari dans sa série très terre-à-terre Master of None. On ne sait pas encore vers quoi se dirigera The Mindy Project dans la prochaine saison, mais espérons que Mindy Kaling ait encore quelques leçons mordantes à nous donner sur l’amour et ses aléas.

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