Dans la tête de John Malkovich

Seulement quelques mois après le passage de Francis Ford Coppola, ce fut à une autre figure emblématique du cinéma de pénétrer dans les locaux du Forum des images. Ce dimanche 8 février à Paris, John Malkovich nous a fait l’honneur de nous offrir une master-class d’exception, entièrement menée dans la plus belle langue qui soit, celle de Molière. Une occasion parfaite pour se glisser dans les souvenirs de cet homme aux milles et une facettes et au talent immense, de cet acteur trop rare qui respire l’élégance et l’humilité, venu parler de sa parcours considérable face à Pascal Mérigeau et devant plus de quatre-cent personnes fascinées par son intensité et son aura si uniques.

John Malkovich commence tout naturellement par nous parler de son enfance et avoue très vite ne pas avoir baigné dans le cinéma dès son plus jeune âge. Élevé par des parents curieux et “intellos”, le jeune Malkovich grandit surtout entouré de pavés littéraires. Il voue une admiration immense à William Faulkner, tandis que Don DeLillo lui paraît être l’un des écrivains les plus intéressants de ces dernières décennies. Mais déjà, alors que la littérature semble prendre beaucoup de place dans sa jeunesse, le septième art commence à poindre. Alors qu’il est encore étudiant, Malkovich se rend au cinéma avec son père à une séance de L’Homme des Hautes Plaines, premier western réalisé par Clint Eastwood. Son père lui glisse alors à l’oreille : “There’s not enough killing in this movie !”. Une anecdote cocasse que Malkovich ne manquera pas de raconter à Eastwood quelques années plus tard, lors de leur première collaboration sur le tournage de Dans la ligne de mire.

Une rencontre parmi tant d’autres, d’où surgissent des souvenirs de tournages divers et variés. Malkovich revient alors sur les méthodes et personnalités des cinéastes qu’il a croisé : l’assurance de Clint Eastwood et sa façon de tourner très rapidement, en une seule prise par scène ; le sérieux et la froideur de Woody Allen sur le tournage d’Ombres et brouillard ; la bonhomie et les pitreries de Bernardo Bertolucci avec qui il a partagé milles éclats de rire à l’occasion d’Un thé au Sahara ; ou encore, la fantaisie et la singularité de Raoul Ruiz, pour qui il a du diriger quelques scènes de nu que le cinéaste, qui les avait pourtant écrites, refusait de tourner. Malkovich avoue malgré tout que, quelque soit le cinéaste, son travail d’acteur reste identique. Ce qui lui plaît surtout dans son métier, c’est le simple fait d’être “une figure dans le rêve d’un autre.”

Des figures qu’il a aussi pu incarner au théâtre, de façon différente, mais avec la même passion. Le comédien, qui a notamment joué pour Gary Sinise dans Mort d’un commis voyageur, déclare ne jamais s’ennuyer sur les planches, même lorsque, par le passé, il a du jouer plus de sept-cent fois la même pièce. Pour lui, une pièce de théâtre évolue au fil des représentations, n’est jamais la même que le soir précédent. C’est bien le caractère éphémère du théâtre qui l’intéresse, sans oublier son attraction pour la technique du cinéma, qu’il trouve néanmoins plus fallacieux. “La caméra ne peut pas mentir”, lui disait Stephen Frears sur le tournage des Liaisons dangereuses. Malkovich croit au contraire que le but ultime du cinéma, c’est la dissimulation. Une question qui le hantera sur le tournage du Temps retrouvé, où il passera son temps à se demander s’il apparaîtra dans le plan-séquence tourné par Raoul Ruiz, ou même dans la version finale du film !

Malgré un parcours impressionnant, Malkovich garde une simplicité et une humilité admirables. Capable de singer Dustin Hoffman ou d’imiter l’accent de Spike Jonze, sa modestie finit pourtant par l’emporter sur son sens du spectacle. C’est lorsqu’il parle de Dans la peau de John Malkovich que l’acteur est peut-être le plus touchant. Aujourd’hui encore, ce projet lui paraît insensé car il ne comprend pas qu’une personnalité comme lui ait été choisie pour une telle entreprise. Souvent comparé à Robert Duvall et Jack Nicholson, John Malkovich aurait préféré y voir des acteurs de ce rang plutôt que sa propre personne. Pour son prochain long-métrage en tant que réalisateur, Malkovich déclare d’ailleurs qu’il ne pourra s’offrir un rôle dans son propre film : combiner le réalisateur qu’il aime le moins à l’acteur qu’il aime le moins serait pour lui une erreur colossale.

Au cinéma, ce qui n’est pas dans le cadre n’existe pas” lui indiquait le chef opérateur des Liaisons dangereuses, Philippe Rousselot. Mais John Malkovich lui, existe bel et bien. Que ce soit à l’intérieur même du cadre, intense et vibrant, séducteur ou fou à lier, toujours mémorable, ou bien en coulisses, simple, discret et humble, mais surtout humain.

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