Match Point ~ Woody Allen

Money for nothing

La comédie a toujours été de mise chez Woody Allen. Du burlesque de Woody et les robots à la légèreté apparente de Magic in the Moonlight, sans oublier les relations amoureuses compliquées mais cocasses d’Annie Hall et Manhattan, le rire est l’un des moteurs principaux du cinéaste newyorkais. Mais en 2005, face à un problème de subventions, Woody Allen quitte les Etats-Unis pour tourner son premier film à l’étranger : Match Point, qui prend alors place dans les rues huppées de Londres. L’heure n’est plus à la rigolade, et pour son nouveau départ hors du sol américain, Allen sort des sentiers battus pour livrer un chef-d’oeuvre de noirceur et de cynisme, où l’opéra, Sophocle et Dostoïevski ont remplacé l’humour et le jazz.

Dans ce thriller hitchcockien, Chris Wilton, jeune professeur de tennis, se retrouve pris dans les filets de deux femmes complètement opposées. D’un côté, Chloe Hewett, bourgeoise, douce et cultivée, qui permet à Chris de monter les échelons de la haute société et lui offre une vie conjugale stable ; de l’autre, Nola Rice, actrice ratée sans le sou, avec qui le jeune homme vit une liaison passionnée mais précaire. Il s’adonne d’ailleurs à un double-jeu de séduction. Avec Chloe, l’approche se fait dans les règles de la galanterie, à coups de rendez-vous romantiques et de visites culturelles. Avec Nola, Chris adopte un jeu plus agressif comme en témoigne la sensuelle scène de ping-pong entre Jonathan Rhys-Meyers et Scarlett Johansson. Entre une vie de conventions où règne l’ennui et une existence plus aventurière, Chris devra faire un choix.

La cupidité du personnage prend rapidement le dessus : il se transforme alors en monstre d’égoïsme et d’ambition, prêt à tout pour éliminer les obstacles à sa réussite d’un revers de raquette. L’occasion pour Woody Allen, en plus de livrer un suspense palpitant, de dresser la satire d’un milieu mondain et privilégié, qui ne supporte pas que le bas peuple pénètre dans ses hautes sphères. L’avidité de Chris trouve grâce aux yeux de ses beaux-parents, qui a priori, n’acceptaient pas sa condition trop modeste. Woody Allen pose sur ses personnages un regard méprisant : entre le manipulateur et les victimes, personne n’est épargné. Match Point prend alors des airs de tragédie grecque : tous les personnages y sont malmenés, émotionnellement comme physiquement, et payent au prix fort la faute d’orgueil de Chris.

Comme dans un match de tennis, Chris s’amuse à garder la balle dans son camp et à renverser le jeu à son avantage. Il dit préférer la chance au talent, en tennis comme dans la vie. À la fin du film, la balle de match n’est pas passée entre les mailles du filet. Pourtant, Chris et la chance triomphent, au moins dans une certaine mesure. L’argent ne fait pas le bonheur : c’est ce que nous dit le dernier plan du film, captant le regard vide d’un homme hanté par les actes affreux qu’il a dû perpétrer pour arriver au sommet. Comme Hitchcock, Woody Allen dépeint ici l’homme dans toute sa perversité. C’est la première fois qu’il atteint pleinement cet objectif dans un drame. L’ironie grinçante de Match Point ne manque pas alors de faire des ravages et de laisser exploser au grand jour tout le cynisme allénien.

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