Souvenirs de Marnie ~ Hiromasa Yonebayashi

Le vilain petit canard

La nouvelle tombait il y a quelques mois : les studios Ghibli arrêtent momentanément leur production de longs-métrages. Après le départ en retraite du grand Hayao Miyazaki et un score décevant au box-office japonais pour Le Conte de la Princesse Kaguya, les studios vivent des jours difficiles et doivent repenser leur activité. Il serait pourtant dommage, pour nous en France qui sommes particulièrement friands de ces animes, de ne pas s’intéresser à la nouvelle génération de réalisateurs qui évolue au sein de ces mêmes studios. Leurs noms ne sont pas encore entrés dans les mémoires, mais ils sont pourtant l’avenir de l’animation japonaise. Goro Miyazaki, Hiroyuki Morita, Yoshifumi Kondo et surtout Hiromasa Yonebayashi, qui s’invite aujourd’hui sur nos écrans avec son deuxième long-métrage, Souvenirs de Marnie.

Un vilain petit canard parmi tant d’autres, condamné à vivre dans l’ombre de Takahata et de Miyazaki, les deux fondateurs des studios. Et pour cause, Yonebayashi puise son énergie dans les univers de ces deux réalisateurs mythiques. Nous retrouvons dans Souvenirs de Marnie cet amour pour la nature et le grand air, prégnant dans l’oeuvre de Miyazaki. La jeune Anna, adolescente solitaire et timorée, se voit contrainte de quitter son milieu urbain pour une contrée plus sauvage. Une occasion pour elle d’améliorer ses problèmes respiratoires, mais aussi de s’ouvrir à de nouvelles personnes, et notamment l’énigmatique Marnie, avec qui elle se liera d’une amitié fusionnelle.

En confrontant ces deux enfants, Yonebayashi pose sur l’adolescence un regard d’une justesse rare. Souvenirs de Marnie ne dépasse jamais l’inventivité du Voyage de Chihiro, film-fleuve sur le passage à l’âge adulte, mais l’émotion y naît tout de même, par bribes. Le mal-être d’Anna, son impression d’être un fardeau pour son entourage, sa révolte intérieure : autant de sentiments inhérents à l’âge de l’adolescence, qui permettent aux spectateurs de s’identifier et de revivre ces chamboulements profonds. En assimilant peu à peu la vie difficile de Marnie, Anna se rendra compte qu’elle n’est pas la plus malheureuse et mettra de côté sa timidité légendaire pour s’épanouir entièrement dans cette relation. Les deux jeunes filles s’aideront d’ailleurs mutuellement à trouver leur place dans le monde, à vivre en harmonie avec leur individualité et avec les autres.

Yonebayashi partage ensuite avec Takahata un regard tourné vers le passé. Là où le réalisateur du Tombeau des lucioles dépeignait les événements de sa propre enfance durant la guerre, Souvenirs de Marnie semble plutôt empreint d’une curiosité pour une époque révolue. Si le mystère autour du personnage de Marnie est parfaitement entretenu, elle semble bel et bien venue d’un autre temps, sinon d’un autre monde. Depuis la fenêtre de son manoir désuet, Marnie envoûte Anna et le spectateur, qui s’unissent alors pour tenter de percer le secret de cette fillette joviale, mais écorchée. À travers des flash-back brumeux, les passés respectifs d’Anna et Marnie resurgissent, créant d’autant plus le trouble dans l’esprit du spectateur, jusqu’au twist final.

L’adolescence est un âge régi par la nostalgie de l’enfance : encore une chose que Yonebayashi a bien compris, et qu’il nous fait ressentir pleinement. Avec une animation soignée et un propos touchant, Yonebayashi s’inscrit parfaitement dans la lignée des précédents films des studios Ghibli. Le vilain petit canard n’est donc pas si vilain que cela, puisqu’il a déjà une famille. Désormais, il lui faudrait affirmer ses obsessions et trouver une véritable patte pour devenir grand. Après Arrietty et Marnie, espérons qu’un troisième film fasse définitivement la renommée de Hiromasa Yonebayashi, cinéaste prometteur dont la sensibilité ne demande qu’à prendre son envol.

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