Les Lumières de la ville ~ Charlie Chaplin

La Belle et le clochard

Des histoires d’amour, Charlie Chaplin en a dépeint tout au long de sa carrière. L’amour d’un peuple pour sa liberté dans Le Dictateur, celui d’un artiste pour la scène dans Les Feux de la rampe, et l’affection d’un homme pour un petit garçon qu’il a recueilli dans Le Kid. Mais le lien le plus beau, celui qui unit deux êtres par la force des sentiments, se retrouve surtout dans son oeuvre la plus romantique, Les Lumières de la ville.

Là où le sentiment amoureux paraissait n’être qu’un prétexte à l’humour dans des films tels que Le Cirque ou La Ruée vers l’or, il prend une place essentielle dans Les Lumières de la ville. Charlot y rencontre une vendeuse de fleurs aveugle, tout aussi pauvre que lui, et qui, trompée par un quiproquo sonore, le croira milliardaire. Charlot, sous le charme, oubliera ainsi sa propre condition de miséreux pour se lancer corps et âme à la recherche de petite monnaie, pour subvenir aux besoins de sa dulcinée. Les Lumières de la ville est ainsi une préfiguration aux Temps modernes, film suivant de Chaplin, où l’amour surpasse les difficultés financières et les conventions sociales.

Chaplin n’en oublie pas pour autant son goût pour les gags burlesques. Dans sa lutte pour conquérir le cœur de sa belle, et ainsi lui procurer assez d’argent pour qu’elle recouvre la vue, le personnage de Charlot est amené dans des univers où il apparaît comme inadapté : dans un restaurant chic, où sa maladresse donne lieu à un joyeux bazar, ou sur un ring de boxe, où son côté féminin s’exprime davantage qu’à l’accoutumée. Des scènes totalement détachées de l’intrigue amoureuse sont aujourd’hui devenues cultes, comme lorsque Charlot avale un sifflet ou grignote un cotillon tombé dans son plat de spaghettis (scène éminemment semblable à celle de La Ruée vers l’or, où Charlot mange ses lacets de chaussures). Charlot détonne, crée la surprise, provoque le rire. Tout cela sans un mot, simplement par la force des expressions du visage ou la valse des corps.

Car Les Lumières de la ville, c’est aussi une magnifique déclaration d’amour au cinéma muet. En 1931, Hollywood n’a déjà plus d’yeux que pour le parlant, mais Chaplin se refuse encore à y céder. Avant de laisser entendre sa voix pour la première fois dans Les Temps modernes, Chaplin se résout à garder ses personnages silencieux. Les bruitages font tout de même leur entrée en jeu, non sans ironie : dans la première séquence, les personnes venues inaugurer une statue ne s’expriment pas dans un langage compréhensible, mais dans une sorte de caquètement désopilant. Chaplin dessine ainsi un joli pied de nez au cinéma parlant, qui, selon lui, effaçait toute possibilité de communication universelle.

Le mutisme des protagonistes laisse ainsi place à l’expression la plus pure des sentiments. Nul besoin de parole pour décrire l’amour naissant ou l’espoir qui anime la jeune femme quant aux retrouvailles avec son bien-aimé. En cela, la dernière séquence fait basculer le film vers un chef-d’oeuvre  de poésie et de simplicité. Une main qui en caresse une autre, un regard pétillant mais timide, un sourire enfantin. Avec Les Lumières de la ville, Charlie Chaplin prouvait une nouvelle fois que le cinéma n’avait pas besoin de beaucoup pour peindre l’intensité des émotions. En un seul plan, en un seul regard, Chaplin exprime toute la quintessence du cinéma, qu’il soit devant ou derrière la caméra.

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