Le Chant de la mer ~ Tomm Moore

Maïna sur la falaise

Les contes et les légendes reviennent au goût du jour et cette année 2014 en a été particulièrement remplie. Maléfique, Le Grimoire d’Arkandias et La Belle et la Bête ont prouvé que l’intérêt des spectateurs pour les univers envoûtants est encore bien loin de dépérir. Côté animation aussi, l’enchantement était au rendez-vous, grâce au très récent La Légende de Manolo ou au dernier film en date des studios Ghibli, le bien nommé Le Conte de la Princesse Kaguya. Aujourd’hui, c’est à Tomm Moore, réalisateur irlandais encore méconnu, de venir nous enchanter d’un coup de pinceau magique, avec un mythe maritime où plane l’ombre du grand Hayao Miyazaki.

Dans son premier film Brendan et le secret de Kells, Tomm Moore mettait déjà en scène une histoire empreinte de poésie champêtre, rappelant les grandes odes à la nature livrées par Miyazaki dans la majorité de son oeuvre. Brendan, un petit garçon élevé par des moines, y parcourait une forêt peuplée d’êtres mystérieux et nous invitait au cœur de l’Irlande sur fond de magie folklorique. Avec Le Chant de la mer, Moore poursuit sa volonté de mêler légendes locales et enchantement enfantin, deux traits caractéristiques qui le rapprochent éminemment du cinéma de Miyazaki. À travers l’histoire de Ben et de sa petite sœur Maïna, Moore nous plonge au milieu des Shetland, où flottent divers contes sur les selkies, femmes-phoques à la voix d’or.

C’est d’abord Ponyo sur la falaise qui hante le film de Moore. Maïna et Ponyo, mi-humaines mi-animales, nous embarquent toutes deux dans les profondeurs de l’océan. Les deux petites filles se retrouvent au carrefour de leur vie : rester dans leur milieu d’origine ou voguer vers des horizons plus attrayants, il faudra faire un choix. Comme chez Miyazaki, les frontières entre réel et fable sont poreuses. La communication entre le monde des humains et le monde magique est d’abord délicate : dans Ponyo comme dans Le Chant de la mer, les créatures fantastiques ressentent une certaine antipathie envers les hommes. C’est le petit être hybride, ici Maïna, qui réglera les discordes entre les individus, non sans être confronté à un problème majeur. La fillette âgée de six ans, qui, par le simple pouvoir de son chant, doit justement faire tomber les barrières entre les deux univers, est plongée dans un mutisme troublant. Un silence compréhensible, si l’on prend compte de l’environnement familial hostile dans lequel elle a été élevée. Ben n’exprime que du mépris envers sa sœur et leur père n’est qu’un grand bloc de désarroi depuis que sa femme s’est volatilisée.

Le Chant de la mer prend alors la direction d’une aventure humaine touchante, très proche de Mon Voisin Totoro. La mère absente, le père incapable de s’occuper de ses enfants et les liens fraternels complexes résonnent comme un hommage à ce film culte du cinéaste japonais. La façon dont les protagonistes se plongent dans les contes de leur enfance rappellent aussi la ferveur avec laquelle la jeune Mei et sa sœur Satsuki s’attachent au Maître de la forêt, comme à un parent de substitution. Ben et Maïna sont d’ailleurs guidés vers leur destin par de minuscules lumières flottant dans l’air, semblables aux fameuses noiraudes miyazakiennes.

Tomm Moore se distingue tout de même de l’imagerie habituelle grâce à des graphismes singuliers, où des personnages aux traits communs s’animent dans des paysages extrêmement détaillés. En cela, il comble les attentes des petits comme des grands : nos chères têtes blondes s’amuseront de ces personnages aux caractéristiques frappantes (un vieillard aux cheveux interminables, une sorcière à tête de chouette, des petits êtres magiques verdâtres et mélomanes) tandis que les adultes s’émerveilleront devant la précision des coups de crayon et la joliesse des couleurs pastels. Avec un univers visuel soigné et un récit parfois rude, Tomm Moore affiche donc une capacité à toucher un large public, comme l’a fait Miyazaki avant lui. Alors que le maître de l’animation japonais vient de tirer sa révérence, Tomm Moore en serait-il l’un des dignes – sinon le seul – successeurs occidentaux ?

 

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