Interstellar ~ Christopher Nolan

Another One Bites The Dust

Nombreux sont les réalisateurs à rêver de voyage interstellaire. Parmi eux, Neil Blomkamp, Alfonso Cuaron et M. Night Shyamalan sont les derniers en date à s’être essayé à l’exercice intergalactique. Alors qu’Elysium et After Earth pensaient de manières différentes la façon dont l’Humanité pourrait survivre ailleurs que sur Terre, Gravity nous offrait une expérience spectatorielle unique, en nous plongeant littéralement dans le vide intersidéral et sa solitude. C’est aujourd’hui à Christopher Nolan d’entrer en apesanteur avec Interstellar, qui s’inscrit dans la lignée de ces trois films récents. Si l’ambition de Nolan est plus grande que celle des trois autres cinéastes réunis, cela ne l’empêche pas de rater le coche.

Interstellar part pourtant d’un postulat aussi passionnant que glaçant. L’Humanité entière étant plongée dans un nuage de poussière irrespirable, l’urgence se fait sentir. Cooper, agriculteur et père modèle, devra faire un choix : sauver l’espèce humaine ou voir ses enfants grandir (et prendre le risque de mourir avec eux), telle est la question. Cooper choisira finalement le plus glorieux et partira explorer une faille de l’espace-temps pour trouver un endroit habitable dans cet univers immense et impitoyable. De ce point de vue, la première partie du film s’avère extrêmement captivante. Prenant pour sujet la relativité du temps, à savoir ce principe qui veut qu’une année de voyage spatial équivaut à plusieurs années terrestres, Interstellar montre les hommes dans ce qu’ils ont de plus éphémères, de plus misérables. La relation entre Cooper et sa fille Murphy telle que la dépeint Nolan devient alors déchirante, comme un tableau effroyable sur l’écoulement du temps.

De ce fait, Interstellar présente des éléments tragiques émouvants qui poussent le spectateur à s’interroger sur sa propre condition et sur les liens qui l’unissent à sa famille. Pourtant, comme toujours chez Christopher Nolan, l’envie de réaliser un blockbuster, où l’action prime, l’emporte sur la capacité du réalisateur à émouvoir son public. Que ce soit dans Inception ou The Dark Knight Rises, l’intimité des personnages est de première importance dans l’intrigue. Malheureusement, dans Interstellar comme dans ses autres films, Nolan semble ne pas prendre de risque et renonce à livrer un grand film sentimental qui ne vaudrait que pour ses émotions transcendentales et ses moments de destin brisé.

Nolan s’affiche ainsi comme le centre névralgique de tout un pan du cinéma actuel. Ce cinéma-même qui, pour attirer le plus grand nombre de spectateurs dans les salles, entoure son lyrisme d’action sans saveur. Les ficelles classiques d’Interstellar l’obligent à faire appel à des stéréotypes largement éculés, qui ne font qu’affadir le potentiel exceptionnel du film. Durant le périple de Cooper dans l’espace et ses tribulations de planète en planète, Nolan perd de vue l’essentiel : ces pauvres humains restés sur Terre, de qui nous nous éloignons de plus en plus pour ne plus nous intéresser qu’au personnage de Matthew McConaughey et à sa mégalomanie.

Par un trop plein de moyens techniques, le cinéma actuel, et le cinéma de Nolan en particulier, se refuse de plus en plus à explorer les sentiments humains au profit d’un spectacle toujours plus impressionnant. Il faut bien admettre que le cinéma était tout de même plus beau lorsque, dénué de toute performance technologique, celui-ci osait mêler la petite histoire à la grande. Les films spatiaux d’aujourd’hui, poussés par un souci de modernité, feraient mieux de prendre exemple sur le modèle du genre : La Planète des singes, chef d’oeuvre intemporel et intouchable où la relativité du temps prenait tout son sens tragique et exaltant.

4 réflexions sur « Interstellar ~ Christopher Nolan »

  1. remarque que ta critique argumente la partie du début (pour dire que tu l’aimes) mais que tu n’argumente pas pour la suite (que tu n’aimes pas).
    Si tu veux convaincre, il faut argumenter des deux côtés.

    Perso, tout le film m’a paru bien balancé entre ce qu’il veut nous dire et ce qu’il nous montre. Car l’action qui arrive est liée à la réalité des personnages (voyage interstellaire, dangers des planète hostiles) et capacité ou pas à supporter la vie seul loin de tout (Damon qui s’effondre, sacré rôle pour un courageux comédien). Ce n’est pas de l’action pour l’action. Elle fait du sens et s’imbrique parfaitement dans l’histoire.
    Et la fin est géniale, il fallait oser et l’inventer ce truc. POur une fois au cinéma, ils prennent le thème de voyage temporel au sérieux et arrive à en faire quelque-chose de plausible.
    L’action n’est pas un mauvais système en soi. C’est ce qui vient après les sentiments, ils ne sont rien sans l’acte concret.

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    1. ah moi j’ai adoré ce film, grand grand souvenir, au point de ne pas voir certains points que vous soulevez et qui c’est vrai mériterait quelques questionnements plus profonds de ma part. Mais il m’a vraiment transporté, contrairement à Gravity que je n’avais pas du tout aimé (film « gratuit » pour moi, qui n’avait aucun sens si ce n’est de montrer du spectaculaire et du technique de synthèse).

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      1. J’ai un peu de mal avec le cinéma de Nolan, et j’ai tendance à condamner un réalisateur sur tous ses films quand je n’accroche pas à son style. Il faudrait que je redécouvre sa filmographie pour lui donner une dernière chance ! (Personnellement, j’ai préféré Gravity, beaucoup moins prétentieux à mon goût et qui remplit exactement le programme qu’il s’était fixé, à savoir ce côté immersif et spectaculaire que vous évoquez).

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      2. Disons que « Gravity » joue sur un principe simple d’immertion dans la suite des événements. Un peu comme « Mad Max Fury Road ». Mais ce n’est si facile à faire, car il faut que tout sonne juste à l’image près, que les réactions des personnages soient bonnes au quart de poil. C’est de la fine horlogerie et cela nous embarque dans le mouvement et nousa fait totalement oublier le temps, ce qui est bon signe.

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