La Légende de Manolo ~ Jorge R. Guttierez

Orphée au pays des toreros

En cette période d’Halloween, les films d’horreur coulent à foison, Annabelle et Rec 4 en tête. Mais comme il en faut pour toutes les générations, les films d’animation se mettent également au goût du jour. La Légende de Manolo, dont l’histoire se déroule précisément le 2 novembre, le Jour des Défunts, est de ceux-là. Il s’avère pourtant peu aisé de passer après les chefs-d’oeuvre de Tim Burton ou les désormais réputés studios Laïka (qui viennent de frapper fort avec Les Boxtrolls), même quand on s’appelle Guillermo Del Toro.

Produit par le réalisateur des étranges Labyrinthe de Pan et Hellboy, La Légende de Manolo échappe difficilement à la comparaison avec L’Étrange Noël de Monsieur Jack ou Les Noces Funèbres. Et pour cause : dans le village imaginaire de San Angel au Mexique, le Jour des Défunts est l’occasion de se réunir en famille, afin de célébrer joyeusement la mémoire de ceux qui sont partis. Lors de cet événement, nous faisons la rencontre de deux jeunes garçons, Manolo et Joaquin, tous deux amoureux transis de la jolie Maria. Une fois devenu adulte, Manolo partira à l’aventure au royaume des esprits pour retrouver sa bien-aimée qu’il a vu mourir dans ses bras.

On pense immédiatement au personnage de Victor des Noces funèbres, entraîné de force dans le monde des morts par une mariée cadavérique. Mais dans cette adaptation décomplexée du mythe d’Orphée, Jorge R. Gutiérrez rate un peu le coche. Si l’univers folklorique mexicain s’avère grisant, la folie burtonienne et l’envoûtement mortuaire manquent à l’appel. Avec ses chansons niaises (certaines étant pourtant des reprises version gipsy de Radiohead ou Mumford and Sons), ses bons sentiments et ses personnages stéréotypés (d’un côté le mélomane romantique, de l’autre le macho égoïste et au milieu, la magnifique jeune femme qui doit forcément en choisir un des deux), La Légende de Manolo se rapproche bien plus des productions Disney que des univers décalés de Burton. On y retrouve même quatre jeunes femmes en admiration devant Joaquin, étrangement semblables aux triplées de La Belle et la Bête, éperdument amoureuses du beau et costaud Gaston.

Malgré cela, La Légende de Manolo marque quand même les esprits par son univers visuel. Graphismes splendides, couleurs explosives et dessins extrêmement détaillés font de l’animation une belle surprise. Et derrière ses gros défauts scénaristiques, le film parvient tout de même à délivrer de jolis messages : l’importance de se souvenir de nos défunts proches et celle, plus féérique, de toujours se nourrir de la fiction pour s’échapper du quotidien. Le récit de Manolo étant en réalité conté par une guide de musée à des gosses turbulents qui ne pensent qu’à leurs estomacs, cela permet au film de prendre une dimension enchanteresse. Apprendre à nos petites têtes blondes que la fiction est souvent plus belle que la réalité, voilà de quoi former de futurs cinéphiles en puissance.

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