The Rover ~ David Michôd

L’Homme sans nom

Dans un désert post-apocalyptique australien, toute trace d’humanisme semble avoir disparu. Après une Chute mystérieuse que nous annonce le premier carton-titre, seules l’animosité et la violence règnent en maîtres sur un monde stérile et sans loi, où les êtres humains ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes et sont prêts à tous les sacrifices pour survivre.Alors qu’il sera tranquillement assis dans un bar, un homme sans identité ni histoire se fera dérober sa voiture par une bande de criminels qu’il prendra en chasse dans le but de récupérer son seul bien.

L’ambiance de The Rover se pose d’emblée comme lancinante et oppressante : à travers des plans épurés, des dialogues rares et la musique électrisante de Colin Stetson, le film installe une atmosphère en suspens, qui n’a d’égale que celle des westerns spaghettis. Même lorsque Robert Pattinson fredonnera le jovial Pretty Girl Rock de Keri Hilson, chanson qui aurait pu nous permettre de respirer quelques instants, la pression sera encore bien présente et rendra la suite d’autant plus suffocante. Avec une séquence d’ouverture accrocheuse, quelque part entre Duel et Boulevard de la mort, le film nous embarque dans une odyssée âpre et fatale, où la lenteur se fait suspense et la chaleur pénible. Au bout de quelques minutes seulement, le personnage principal sort de ses bottes d’homme ordinaire pour se montrer plus redoutable qu’il n’y paraît.

Sa froideur, portée par le stoïcisme d’un Guy Pearce inébranlable, rend a priori le personnage antipathique. Avec le panache et la quiétude d’un cow-boy, il n’hésite pas à descendre quiconque se met en travers de son chemin, à éliminer chaque obstacle qui l’éloigne de son but. Le film prend alors une tournure misanthrope, où chaque figure peut disparaître en l’espace d’une seconde. L’absurdité de ces multiples fusillades se voit renforcée par deux séquences : l’une où Guy Pearce tire sur un homme de petite taille sans crier gare, l’autre où Robert Pattinson abat une enfant à travers une porte. Ce déferlement de sauvagerie est si rapide et si glacial que l’horreur de l’acte n’en est que plus grande.

Mais au cours de ce périple suintant, l’étranger rencontrera Rey, interprété par un Robert Pattinson au regard délirant. Le jeune homme, dont le frère fait partie du gang voleur, aidera tant bien que mal son comparse dans sa course effrénée. Si les deux compagnons se montreront dans un premier temps hostiles l’un envers l’autre, leur animosité disparaîtra progressivement pour laisser place à un humanisme insoupçonné. Un tantinet attardé, Rey n’aura en tête que de retrouver son frère et, lorsque l’étranger l’aura sorti d’une situation délicate, jouera des pieds et des mains pour lui rendre la pareille. Notre John Doe, lui, alors qu’il sera en train de confesser les meurtres de sa femme et son amant, avouera au même temps regretter de ne pas avoir eu à purger sa peine.

Dans ce futur inquiétant, la mort ou l’emprisonnement paraissent pourtant plus doux qu’une vie où l’argent se fait rare et où toute tentative d’harmonie est réduite à néant. L’Homme-sans-nom, n’ayant plus rien à perdre, a décidé de vivre au jour le jour, poursuivant ses recherches à ses risques et périls. Dans cette ode anticapitaliste, il paraît donc bien étrange que le personnage, sans raison apparente, passe littéralement tout le film à courir après une chose matérielle. Le véritable motif de cette quête ne sera révélé qu’à la toute fin, redorant le blason de cet individu sombre et silencieux, finalement seul homme parmi les loups, finalement seule âme parmi les corps.

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