Le Promeneur d’oiseau ~ Philippe Muyl

Rendez-vous en terre inconnue

Quelque part en Chine profonde, un vieil homme vit tranquillement avec son oiseau de compagnie, entouré de verdure et d’air frais. A Pékin, dans un appartement qui semble à l’autre bout du monde, une fillette joue sur sa tablette dernier cri, sa fenêtre donnant sur des rangs de buildings à perte de vue. Le grand-père et la petite-fille vont se retrouver en pleine nature le temps de quelques jours, pour apprendre à se connaître et pour partager leurs valeurs personnelles.

En 2002, Philippe Muyl nous enchantait déjà avec Le Papillon, une histoire simple et romanesque d’un homme âgé parti à la recherche d’un monarque de nuit, l’Isabelle. Le personnage campé par Michel Serrault emmenait la jeune Elsa découvrir les joies de la nature et de la vie en plein air, cette dernière étant délaissée par une mère irresponsable. Ici, Renxing, enfant pourrie-gâtée dont les parents sont rarement présents, se retrouve dans les pattes du vieux Zhigen et ne facilitera pas le but qu’il s’est fixé. Dans Le Papillon, Michel Serrault se devait de trouver une espèce rare pour honorer la promesse faite à son fils décédé. Le Promeneur d’oiseau présente Zhigen dans une quête similaire, celle de libérer son oiseau devant la pierre tombale de son épouse.

Dans ce conte romantique, la nature semble a priori l’objet d’une ode quasi-miyazakienne. Les splendides paysages verdoyants, les bestioles en tous genres (buffle énorme, oiseaux multicolores, chenilles velues…) et l’exotisme chaleureux donneraient à n’importe quel occidental l’envie de boucler ses valises sur le champ pour s’envoler dans ce coin de tranquillité. La solitude, le souffle du vent et les hautes herbes nous semblent bien plus réconfortants que le bruit et la fureur de la ville pékinoise. Le Promeneur d’oiseau résonne en premier lieu comme une invitation au voyage loin de nos habitudes, qu’elles soient quotidiennes ou bien cinématographiques.

On pourrait alors penser qu’opposer campagne et urbanisme relèverait du plus simple manichéisme, vu et revu cent fois au fil des films. Pourtant, Philippe Muyl ne se limite pas à de simples antagonismes. Dans cette fable mignonnette, la technologie et la nature se côtoient et se complètent. En ne faisant ni l’éloge ni la critique de l’un ou de l’autre, le réalisateur tente de montrer la cohabitation des deux univers, comme pour prôner une possible harmonie entre deux éléments à priori contraires. Ainsi, nous pouvons voir le vieux Zhigen s’intéresser au smartphone de la fillette, tandis que Renxing découvre le plaisir insoupçonné de courir dans les champs ou de grimper aux arbres. Le troc final qu’effectue la petite fille, dans le but de faire progresser la quête de son aïeul, marque enfin une belle et poétique incitation à reprendre contact avec la vie réelle.

Dans cette douce expédition, les métaphores naissent à foison. Zhigen, le promeneur d’oiseau, n’est pas qu’un simple baladeur de volatiles, il se pose aussi en maître de vie. Renxing le dit elle-même en fin de film : un enfant, tel un oiseau, s’envolera si on lui ouvre la cage mais reviendra toujours auprès de celui qui l’a vu grandir. La petite fille, devant ces préceptes moraux et existentiels, n’en ressort que plus humaine et plus sage. Zhigen, lui, n’aura pas seulement appris à sa petite-fille à profiter des vraies choses de la vie, mais aura aussi trouvé l’endroit ultime où passer ses vieux jours. Chacun aura su tirer parti de cette quête initiatique, sans oublier de penser à son prochain.

“Ouvrez, ouvrez la cage aux oiseaux. Regardez-les s’envoler, c’est beau”, disait Pierre Perret. Philippe Muyl nous livre le même message, avec autant de poésie et de simplicité. Cela peut paraître d’une naïveté enfantine, mais pour sa première production sino-française, le réalisateur prouve au monde entier qu’un film sentimental peut être réussi sans être schématique, ridicule ou condescendant. D’une manière généreuse, Philippe Muyl donne une très grande leçon d’humilité à tous les réalisateurs qui prétendent faire des films tendres sans une bonne dose de sincérité.

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