Alabama Monroe ~ Felix Van Groeningen

La maladie d’amour

Felix Van Groeningen, étoile montante du cinéma belge, fait sensation depuis 2009 dans les divers festivals. Après avoir reçu le prix d’Art et d’essai au Festival de Cannes pour La Merditude des choses, le jeune réalisateur conquiert aujourd’hui le coeur du Festival de Berlin et celui du public français avec Alabama Monroe.

Elise, jeune tatoueuse au corps recouvert de têtes de mort et autres papillons, et Didier, musicien dans un groupe de Bluegrass fasciné par l’Amérique, connaissent une histoire d’amour passionnée. Le couple vit de façon insouciante et heureuse au rythme des concerts, jusqu’au jour où Elise donne naissance à Maybelle. Cet événement a priori non-désiré par Didier, mènera leur union à sa perte, l’enfant étant atteinte d’un cancer incurable.

Au commencement d’Alabama Monroe résonnent des notes de musique chaleureuses. Un homme barbu chante avec ses acolytes, une ambiance allègre et intime règne. Mais déjà, alors que le titre du film s’efface de l’écran, une seringue apparaît, destinée à une petite fille manifestement malade, autour de laquelle ses géniteurs ne sont déjà plus que l’ombre d’eux-mêmes. Plus tard, au détour de flash-back, les premiers pas de cette même enfant seront troublés par l’annonce des attentats du 11 septembre à la télévision, la chute d’un oiseau viendra perturber son coloriage lors d’une après-midi tranquille. Le ton est donné : Alabama Monroe sera l’histoire d’une douceur sans cesse violentée, d’un bonheur torturé par la cruauté de la vie.

Suite à la mort de Maybelle, les comportements d’Elise et de Didier diffèrent, et c’est bien là que commence l’altération du couple. Face au deuil, le silence s’installe d’abord, puis les mots ne se disent plus qu’avec amertume, le cri de plaisir qu’est l’orgasme se transforme en éclat de douleur, les regards se fuient, les mains ne se touchent plus, l’amour et la musique ne suffisent plus. Didier choisira la voie de la vie et entamera un combat verbal contre le ralentissement de la science au nom de la religion, tandis qu’Elise, plus conservatrice, préférera se donner la mort, ne supportant plus ni la culpabilité, ni l’absence de sa fille.

Le récit s’enlise parfois, lorsqu’il s’agit d’opposer deux points de vue religieux. Difficile à traiter avec subtilité, la confrontation des croyances peut amuser, émouvoir ou considérablement alourdir l’atmosphère, selon la scène. Lorsque Didier perd son sang-froid devant une salle de concert remplie pour déblatérer ses idées darwinistes, le malaise est palpable, le climat asphyxiant. Ce débat a pourtant le mérite de soulever la question du changement de comportement face à la mort d’un être cher. Elise met fin à ses jours pour retrouver sa fille dans l’au-delà et Didier, refusant la perte soudaine d’Elise, se découvre un catholicisme caché auquel il n’avait jamais cru.

Le film balance donc continuellement entre moments de pure félicité et d’instants de vie brisés. Au rythme du Bluegrass, mélange d’acoustique sublime et de voix fragiles, les émotions se suivent et ne se ressemblent pas, le passé et le présent s’enlacent pour mieux former un tout à l’équilibre quasi-absolu. Cet amalgame de sensations opposées est porté aux nues dans la dernière scène du film : alors que la caméra survole le corps inanimé d’Elise dans sa chambre d’hôpital, Didier et son groupe tentent de retrouver une contenance grâce à quelques accords doucereux de mandoline et de violon.

 Grâce à deux acteurs au charisme magnétique, à ses airs envoûtants et à un rythme soutenu, Alabama Monroe est une expérience visuelle et sensorielle inoubliable, un diamant imparfait à la puissance délicate qu’on a envie d’aimer éperdument, douloureusement, viscéralement.

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